La mosquée Al-Fattah Al-Alim, inaugurée le 6 janvier, est le premier édifice achevé de la « nouvelle capitale » égyptienne

Egypte : « Sissi City », un mirage en construction

Dans le désert, à l’est du Caire, se concrétise le rêve de grandeur du président Al-Sissi : bâtir une nouvelle capitale, vitrine de l’Egypte du futur. Le coût exorbitant du projet dans un contexte de grave crise économique compromet sa réalisation, et sa visée ultrasécuritaire crée la polémique.

Plantée dans le sable, l’imposante mosquée Al-Fattah Al-Alim flanquée de ses quatre minarets se découpe sur l’horizon tel un mirage en plein désert. Recouverte de marbre blanc et de riches ornements, capable d’accueillir 12 000 fidèles, elle doit marquer l’entrée de la future capitale administrative égyptienne. Elle est l’un des premiers édifices du projet-phare du président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, à avoir surgi de terre, avec la cathédrale copte Naissance-du-Christ, la plus grande du pays, qui se dresse, désespérément vide elle aussi. Entre les deux, une étendue désertique longue de 16 kilomètres, ponctuée de chantiers de construction et de quelques rares édifices achevés.

C’est ici, à une cinquantaine de kilomètres à l’est du Caire, en direction de la ville stratégique de Suez, qu’une armada d’ouvriers, d’ingénieurs et de militaires trime nuit et jour, depuis mai 2016, pour que se concrétisent les rêves de grandeur du maître du pays : bâtir, sur une portion de désert de la taille de Singapour, la vitrine de l’Egypte de demain. « Sissi-City », comme la nomment volontiers les Egyptiens, a été pensée pour être moderne, aseptisée, sécurisée, durable et connectée ; un centre du pouvoir capable de rivaliser avec les plus grandes capitales mondiales. « Les Egyptiens ont le droit de rêver et de réaliser leurs rêves ! », clame un fonctionnaire qui organise la visite des lieux. Un projet vaniteux, rétorquent ses détracteurs, à l’image de son concepteur, Abdel Fattah Al-Sissi, qui, depuis son accession à la présidence, en 2014, à la suite du coup d’Etat militaire contre le président islamiste Mohamed Morsi (mort le 17 juin, pendant son procès), pourrait, à la faveur d’une réforme constitutionnelle avalisée en avril, se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034. Comme le résume un diplomate, « ce mirage qui est en train de prendre réalité, c’est le legs de Sissi à son pays ».

Le Caire, une mégalopole tentaculaire agonisant sous la pollution, les embouteillages et les constructions anarchiques des quartiers informels

Face à la polémique, les autorités privilégient un discours pragmatique. Le Caire, avec ses 23 millions d’habitants, et 40 millions à l’horizon 2050, est devenu une mégalopole tentaculaire agonisant sous la pollution, les embouteillages et les constructions anarchiques des quartiers informels. Avec l’explosion démographique, qui voit chaque année 2 millions d’habitants s’ajouter aux 100 millions qu’elle compte actuellement, l’Egypte a besoin d’étendre sa surface habitée – 7 % du territoire – en grignotant le désert. « Il y a quarante ans, l’Etat songeait déjà à une capitale administrative, ce qui montre bien que nous en avons besoin d’urgence », justifie Khaled Al-Husseini, porte-parole de l’Administrative Capital for Urban Development (ACUD), qui porte le projet. En son temps, le président Anouar Al-Sadate avait ainsi imaginé « Sadate City ». Bien plus modeste, ce projet s’était pourtant soldé par un échec.

LE MONDE (Extrait) – 28 juin 2019

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