Crédit photo : Adriana Vidano

Reportage à Sidi Hassine : Comment gagner sa vie à la marge ?

Dans un quartier à une dizaine de kilomètres de Tunis, de nombreux habitants luttent pour leur survie en gagnant leur pain en marge du circuit officiel. Plongée dans l’univers des barbachas, des vendeurs à la sauvette et autres petits métiers de Sidi Hassine.

Les passants se bousculent sur les espaces encore vacants sur les trottoirs de la rue principale de Sidi Hassine, dans la banlieue ouest de Tunis. Certains s’activent à la recherche d’un gagne-pain pour la journée. Pour d’autres, l’activité est toute trouvée : ils surveillent le mouvement des camions afin d’assurer le déchargement de la cargaison de l’un des véhicules contre le prix d’un sandwich, d’un paquet de cigarette et de quelques produits alimentaires de base. Tandis que les «barbachas», eux, se penchent sur les ordures qu’ils trient minutieusement, à la recherche d’un déchet susceptible de rapporter quelques millimes. Plongée dans l’univers de ce quartier,  marqué par le nombre important de personnes luttant pour leur survie grâce à des activités en marge du circuit officiel.

Hussein, une quarantaine d’années au compteur, la peau tannée par le soleil, surveille, du haut de son 1,70m, les camions. Il se dirige vers un véhicule chargé de pêches. « De quoi gagner dix dinars, le prix d’un café et d’une bouteille d’eau », lâche-t-il entre ses lèvres desséchées par la soif, en hissant une caisse de fruits sur l’épaule. Une foule d’individus au profil similaire à celui d’Hussein se précipite vers les camionnettes chargées de marchandises, dès leur arrivée. Sans pour autant se gêner mutuellement. Ils semblent reconnaitre au préalable les véhicules vers lesquels ils se dirigent. L’opération paraît donc coordonnée. Mêmes traits fatigués, même activité, pour tirer une dizaine de dinars en échange d’un déchargement.

Crédit photo : Adriana Vidano

A quelques mètres à peine, en face de la porte du marché de Sidi Hassine, un homme vend à la criée, sur son étal de fortune, des « malsouqas », les rouleaux de printemps à la tunisienne. « Malsouqa diyari », c’est-à-dire faite maison, clame-t-il aux chalands, sur un ton chantant. De fines pâtes quasiment présentées comme un bouquet de roses. On ne saura pas son identité. Méfiant, l’homme, claquettes « Fila » aux pieds, nous a peut-être pris pour des représentants des services de Santé, ou des délégués chargés de la surveillance des prix. Au vu de la quantité de ses malsouqas, le vendeur devrait gagner à peine une dizaine de dinars s’il parvient à écouler toute sa marchandise. Un montant similaire à celui que devrait empocher notre ami Hussein… Juste à côté, un homme propose des herbes séchées, du thym, de la menthe et de l’armoise.

La rue principale de Sidi Hassine n’est guère avare en paradoxes. Les étals anarchiques sont pléthoriques devant le siège de la municipalité. Les stands s’étalent également devant la recette des finances. Parfois, il est même difficile d’accéder au poste de police en raison de la profusion de marchands ambulants. A une dizaine de mètres, les étals sont si nombreux qu’ils empêchent de voir les entrées et sorties du siège de la commune.

A quelques pas, dans une zone située derrière le marché, s’étale un vaste dépotoir, le lieu de prédilection des « barbachas »,  des hommes et des femmes tirant leur subsistance du triage des déchets. Ils scrutent avec beaucoup d’attention les monticules d’ordures. Le contenu des containers des services de voiries est remué avec une profonde concentration. Le but étant de dénicher un produit pouvant être écoulé. L’un agrippe un morceau de fer, l’autre attrape une chaussure fatiguée, tandis qu’un troisième collecte les bouteilles en plastique ou les canettes de bières cabossées. Le plastique, l’aluminium et le fer sont généralement vendus à des usines.

Quels que soient leurs spécialités, les barbachas se distinguent d’abord par le grand sac à la couleur indéfinissable utilisé pour leur collecte. Ces besaces trônent la plupart du temps sur des chariots encrassés par les déchets, comme autant d’indices des décharges visitées. Les mains comme les vêtements des barbachas arborent les traces d’huiles alimentaires, de restes de nourriture et des séquelles des longues prospections.

Autant de visages, de parcours de vie, à une dizaine de kilomètres à l’ouest du centre de la capitale tunisienne. Un fourmillement d’activités circonscrites à  moins de cent mètres carrés, dans la rue principale de Sidi Hassine. Un ballet incessant d’hommes et de femmes luttant pour la survie, s’escrimant à gagner leur pain quotidien, en marge des discours et du circuit officiel.

NAWAAT –  22 juillet 2019 

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