QUE SE PASSE T-IL EN IRAK ?

Courrier tunisien – 08 Décembre 2019 –
 La contestation ne faiblit pas en Irak après la démission du Premier ministre et les campagnes d’intimidation contre les manifestants non plus. Ce jeudi 5 décembre, des milliers de partisans de paramilitaires pro-iraniens ont rejoint la place Tahrir, l’épicentre des manifestations depuis deux mois, suscitant l’inquiétude dans les rangs des protestataires.
Ils étaient des milliers à défiler tôt ce jeudi matin dans les rues de la capitale irakienne. Pour la première fois depuis le début de la contestation, les partisans des groupes paramilitaires pro-iraniens ont battu le pavé ce jeudi jusqu’à la place Tahrir.
Une marche organisée sous le regard interrogateur, sinon désapprobateur des manifestants, qui ont d’ailleurs immédiatement fermé l’immeuble symbolique tenu sur la place Tahrir, pour empêcher ces partisans d’y entrer.
Sur leurs pancartes, on pouvait voir des portraits de combattants tués pendant la guerre contre l’État islamique ou le visage du grand ayatollah Ali Sistani. Leurs slogans, étaient principalement dirigés contre les États-Unis, l’Arabie saoudite, ou encore, l’ancien Parti Baas de Saddam Hussein. Le but de leur présence selon eux : « déloger les saboteurs infiltrés dans les manifestations ».
De quoi semer la confusion dans les rangs des protestataires, qui dénoncent eux la corruption et l’influence de l’Iran dans le pays, accusant même une partie de ces groupes paramilitaires d’être derrière les tirs de snipers, qui ont fait de nombreuses victimes au début du mois d’octobre.
Beaucoup sur la place Tahrir ont vu leur présence comme une énième technique d’intimidation. Car en Irak, outre les centaines de victimes, des dizaines d’activistes ont été menacés, enlevés, voire même assassinés depuis le début des manifestations, selon RFI.
Comment la colère s’est emparée de la rue ?

Depuis le premier octobre, un mouvement de contestation sans précédent fait vaciller le pouvoir. Une crise, sociale, doublée d’un ras-le-bol de la main mise iranienne sur le pays.
Le grand ayatollah Ali al Sistani, plus haut dignitaire chiite d’Irak, a exhorté vendredi les dirigeants irakiens à choisir un nouveau premier ministre indépendamment de toute ingérence étrangère, allusion à peine voilée à l’Iran.
L’Irak est le théâtre d’un vaste mouvement de contestation depuis le mois d’octobre dont la répression a coûté la vie à plus de 400 manifestants. Quatorze personnes dont trois policiers ont encore perdu la vie et plus de 40 autres ont été blessées vendredi par des tirs d’hommes armés près de la place Tahrir à Bagdad, le principal site de regroupement des manifestants dans la capitale irakienne, a-t-on appris de sources policières et médicales. Le poste de premier ministre est vacant depuis la démission d’Adel Abdoul Mahdi annoncée le 29 novembre, dans la foulée d’un appel en ce sens lancé par le même Ali al Sistani. «Nous espérons qu’un nouveau chef de gouvernement et son équipe seront désignés avant la date butoir voulue par la Constitution», soit le 16 décembre, a déclaré un porte-parole du grand ayatollah lors du sermon du vendredi, à Kerbala. «La nomination doit également se faire sans ingérence étrangère», a-t-il ajouté.
Depuis le renversement de Saddam Hussein, en 2003, l’Iran et les Etats-Unis jouent tous deux un rôle de puissances tutélaires en Irak, à la population majoritairement chiite, mais, dans les faits, ce sont le plus souvent des alliés de Téhéran qui occupent des positions de pouvoir. Les déclarations de l’ayatollah Sistani interviennent alors qu’un haut responsable iranien, le commandant de la force Al Qods des gardiens de la Révolution, Qassem Soleimani, se serait trouvé cette semaine à Bagdad pour rallier des soutiens à un nouveau gouvernement favorable aux intérêts de Téhéran. Les contestataires réclament une refonte complète du système politique actuel, accusé d’être miné par la corruption et de garder sa population dans la pauvreté. Ils accusent les élites irakiennes de servir les intérêts de puissances étrangères, en particulier l’Iran, alors que le pays est frappé par un chômage de masse, selon Le Figaro
En Irak, la maison du leader Moqtada Sadr ciblée par un obus au cours d’une nuit de violences
En Irak, un obus a explosé, samedi matin, près du lieu de résidence du leader chiite irakien Moqtada Sadr, proche des manifestants antigouvernementaux. Cette attaque non revendiquée et qui n’a fait aucune victime est survenue après une nuit de tuerie de Bagdad, toujours en proie à la contestation populaire.
Un obus s’est écrasé samedi matin, en Irak, près de la maison du leader chiite irakien Moqtada Sadr qui soutient les manifestants antigouvernementaux, victimes dans la nuit d’une tuerie à Bagdad.
Moqtada Sadr se trouvait en Iran au moment de l’attaque perpétrée par drone contre sa maison située dans la ville sainte de Nadjaf, dans le sud du pays, a précisé une source au sein du bureau du leader chiite. D’après Lucile Wassermann, correspondante à Bagdad pour France 24, « une enquête est en cours pour connaître les responsables de cette attaque ».
Pourquoi la maison de l’influent leader, vainqueur des législatives en 2018, a-t-elle été visée ? Des hommes politiques proches de Moqtada Sadr ont précisé que « cette attaque pourrait être vue comme une réponse au soutien de Moqtada Sadr envers les protestataires », avance Lucile Wasserman.
N’ayant pas fait de victime et qui n’a pas été revendiquée, cette attaque survient au lendemain d’une nouvelle journée de violences à Bagdad où des hommes armés ont ouvert le feu sur des manifestants antigouvernementaux au niveau du pont Sinak, près de la place Tahrir.
« Le climat de tension est à son niveau maximal » 

 

« Des hommes armés ont débarqué à bord de pick-ups et ont tiré à bout portant dans un immeuble tenu par les manifestants », raconte Lucile Wasserman, ajoutant que « le climat de tension est à son niveau maximal aujourd’hui, en Irak ». Les autorités irakiennes dénombrent en effet 25 morts et 130 blessés dans la nuit de vendredi à samedi.
Des salves de tirs se sont enchaînées et les manifestants n’ont pu que se tourner vers les réseaux sociaux pour diffuser les images du chaos, parfois en direct.
Les protestataires ont ainsi baptisé cette nuit sanglante « le massacre de Senek » (du nom du pont proche de Tahrir où les violences ont eu lieu), qui a suscité un choc national.
Peu après les violences de Bagdad, « vers trois heures du matin, un drone a tiré un obus de mortier sur la maison de Moqtada Sadr » dans la ville sainte chiite de Najaf, au sud de Bagdad, a indiqué une source au sein du mouvement sadriste.
Alors que les forces de l’ordre, déployées autour de la place Tahrir, épicentre de la contestation depuis plus de deux mois, n’ont pas réagi vendredi, des membres du mouvement de Moqtada Sadr se sont déployés pour « protéger » les manifestants.
Une manifestation en soutien aux victimes
En réponse au « massacre de Senek », les manifestants ont afflué plus nombreux encore samedi sur la place Tahrir et les places du sud du pays, gagné par la contestation. Des centaines de nouveaux manifestants ont afflué sur Tahrir dans la nuit, a rapporté un manifestant à l’AFP.
« Je suis arrivé après les violences et il y avait des tonnes de gens », affirme-t-il. « La police était là, mais personne ne m’a fouillé ».
Suite à cette tuerie, l’État assure ne pouvoir ni identifier ni arrêter les assaillants dans un pays où les factions armées pro-Iran n’ont cessé de gagner en influence et sont désormais intégrées aux forces de sécurité. Des sources policières disent toutefois avoir collecté des informations sur la volonté de ces factions d’attaquer les manifestants.
L’attaque de la nuit a marqué un tournant dans le premier mouvement de contestation spontané d’Irak, déjà marqué par 445 morts et 20 000 blessés. Depuis deux mois, sur la place Tahrir, des milliers d’Irakiens conspuent le pouvoir, accusé d’incompétence et de corruption, ainsi que son parrain iranien, selon France 24.
Noël est officiellement annulé « par respect » pour les 430 morts dans des manifestations
Le patriarche de l’Église catholique chaldéenne d’Irak a annoncé annuler les festivités de Noël après la mort de près de 430 personnes en deux mois de manifestations contre le pouvoir de Bagdad.
  «Nous n’allons pas installer de sapins décorés dans les églises et sur les places et il n’y aura pas de célébrations ni de cérémonies festives au patriarcat», a affirmé le cardinal Louis Raphaël Sako. La décision a été prise «par respect» pour les victimes et «en solidarité avec la douleur de leurs familles», a-t-il dit. «Nous allons nous réfugier dans la prière pour les victimes», a poursuivi le dignitaire chrétien, fait cardinal par le pape François il y a plus d’un an. Depuis le 1er octobre, Bagdad et des villes du sud de l’Irak sont en proie à la pire crise sociale qu’ait connu le pays depuis des décennies.
430 morts

Selon un bilan compilé par l’AFP à partir de sources médicales et policières, près de 430 personnes, quasiment toutes des manifestants, ont été tuées et près de 20 000 blessées, dont beaucoup resteront handicapées à vie. Les contestataires dénoncent l’ensemble de la classe politique dans un pays où, depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 lors de l’invasion américaine, l’équivalent de deux fois le PIB a disparu du fait de la corruption.
De moins en moins de chrétiens en Irak
Ils réclament aussi la fin du système de répartition des postes en fonction des appartenances ethniques et confessionnelles et, pour certains, du régime parlementaire. La communauté chrétienne d’Irak s’est étiolée depuis la chute de Saddam Hussein. Elle est passée de 1,5 million de membres à 400 000 à 500 000 aujourd’hui, selon la Voix du Nord.

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