QUE SE PASSE T-IL EN ALGÉRIE ?

Courrier tunisien – 18 Novembre 2019 –

 Manifestation massive contre la présidentielle à 48h de la campagne

  A 48 heures de l’ouverture de la campagne de la présidentielle prévue le 12 décembre, les Algériens sont à nouveau descendus massivement dans la rue pour dire non à un scrutin destiné selon eux à régénérer un “système” dont ils veulent se débarrasser.
 Après avoir obtenu en avril le départ d’Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, le “Hirak”, le mouvement de contestation inédit apparu le 22 février, refuse de s’essouffler. La mobilisation était encore massive pour ce 39e vendredi consécutif de manifestations, malgré la pluie.
Malgré aussi la centaine d’arrestations de manifestants, militants et journalistes depuis juin, et une vague de répression des manifestations entamée peu après l’annulation, faute de candidats, d’une première présidentielle le 4 juillet.
Une centaine de journalistes se sont rassemblés au sein de la marche, porteur d’un brassard blanc sur lequel était écrit “journaliste libre”, pour dénoncer selon eux les “intimidations et menaces” contre la presse.
Certains manifestants, en colère contre la couverture de la contestation par les médias publics et certains médias privés accusés de collusion avec le pouvoir, les ont traité “d’opportunistes”. “Vous venez de vous réveiller” ont-ils accusé.
Ahmed “Gaïd Salah, dégage!”, ont scandé à nouveau les manifestants à l’adresse du chef d’état-major de l’armée, homme fort de fait du pays depuis la démission de M. Bouteflika.
Le général Gaïd Salah, et le haut commandement militaire qu’il représente, refusent depuis des mois toute autre voie de sortie de crise qu’une élection présidentielle et rejettent la mise sur pied d’institutions de transition réclamés par les manifestants.
“Les élections n’auront pas lieu!”, ont crié également les manifestants, à deux jours du lancement dimanche de trois semaines de campagne électorale.
Achour, chauffeur de taxi de 54 ans, en est sûr: “dans les meetings, il y aura plus de policiers et de gendarmes que de citoyens”.
Les dirigeants “ont tellement peur de ceux qui refusent cette élection, qu’ils vont protéger leurs candidats de la colère du peuple”, croit-il savoir.
Des panneaux électoraux ont commencé à être recouverts de slogans hostiles au vote, selon des images publiées sur les réseaux sociaux, où des appels à perturber les déplacement des candidats commencent également à fleurir.
Cinq candidats sont en lice, tous ayant participé aux 20 ans de présidence Bouteflika ou l’ayant soutenu, parmi lesquels les ex-Premiers ministres Ali Benflis et Abdelmajid Tebboune, des septuagénaires qui font office de favoris d’un scrutin dont tout laisse à penser qu’il sera marqué par une abstention massive.
Pour Aïcha, retraitée, personne n’ira aux urnes le 12 décembre: “ce sera la présidentielle la plus importante depuis l’indépendance… par le taux d’abstention”, sourit-elle.
“Comment voulez-vous voter quand les candidats sont tous des enfants du +système+”?, poursuit Malika Benabderahmane, sa cousine également retraitée. “Quel que soit le candidat, in fine, c’est le programme de Bouteflika qui va passer: c’est-à-dire des promesses, rien que des promesses, toujours des promesses qui ne seront pas tenues”.
Pour Kamel Benmohamed, juriste d’une soixantaine d’années, “ces élections, c’est +Moussa el Hadj, El Hadj Moussa+ (+blanc bonnet et bonnet blanc+, ndlr). Les candidats sont tous du cercle de Bouteflika”.
“C’est bien Benflis qui a interdit toute manifestation à Alger (en 2001) sous le règne de Bouteflika, non? C’est bien (Azzedine) Mihoubi (patron d’un des principaux partis ayant soutenu Bouteflika) qui encensait Bouteflika dans ses déclarations, avant le début du Hirak?”, interroge-t-il.
Les candidats appartiennent tous au “même système qui veut se refaire une virginité sur le dos du peuple”, estime-t-il.
Comme chaque semaine, de nombreux manifestants sont venus la veille de province pour éviter les barrages de gendarmerie qui, chaque vendredi, ralentissent ou bloquent le trafic aux entrées d’Alger.
Pour Yacine, ingénieur de 25 ans, “deux mondes parallèles vont s’affronter le 12 décembre. La majorité du peuple contre une présidentielle organisée par le +système+, et un +système+ qui veut se régénérer en se légitimant à travers une élection bidon organisée par des fraudeurs”, selon Maroc Diplomatique.

Manifestations contre le « système »,les journalistes en première ligne

Des journalistes algériens manifestent pour la liberté de la presse, brandissant des pancartes portant l’inscription « Journalistes libres », le 15 novembre 2019, à Alger.  Reuters
 Les Algériens se sont de nouveau rassemblés dans les rues du pays, vendredi, pour s’opposer à l’élection présidentielle du 12 décembre. En tête de cortège, les journalistes ont défilé pour dénoncer les « intimidations » et « menaces » des autorités.
 À deux jours de l’ouverture de la campagne de la présidentielle prévue le 12 décembre, les Algériens se sont de nouveau massivement rassemblés dans les rues, vendredi 15 novembre, pour s’opposer au scrutin. Une élection destinée, selon eux, à régénérer un « système » dont ils veulent se débarrasser.
Apparu le 22 février après le départ d’Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, le mouvement de contestation, le « Hirak », refuse de s’essouffler. La mobilisation était encore massive pour ce 39e vendredi consécutif de manifestations, malgré la centaine d’incarcérations de manifestants, de militants et de journalistes survenue depuis juin après l’annulation, faute de candidats, d’une première présidentielle le 4 juillet.
Les journalistes algériens étaient d’ailleurs en première ligne. Ceux-ci avaient prévu de couvrir « collectivement » la manifestation hebdomadaire contre le régime. Un acte symbolique visant à dénoncer les « intimidations » et « menaces » des autorités à leur encontre, selon l’un des porte-parole d’un collectif de professionnels des médias.
« Le journalisme n’est pas un crime »
Plus de 300 journalistes de la presse écrite, audiovisuelle et électronique privée, mais aussi de l’audiovisuel public, ont signé un texte dans lequel ils « tirent la sonnette d’alarme ». Ils y dénoncent le « harcèlement systématique des médias » en Algérie.
« Nous aurons tous un brassard blanc, pour montrer notre qualité de journalistes libres et indépendants, et nous allons couvrir cette manifestation malgré les injonctions du pouvoir », a déclaré Khaled Drareni, un porte-parole du collectif qui avait prévu de se regrouper juste avant le départ du cortège.
En début de semaine, ce même collectif avait dénoncé, dans un texte publié sur une page Facebook intitulée « Pour sauver la presse algérienne », les « pressions et contraintes (…) qui empêchent les journalistes d’accomplir leur devoir professionnel et d’assurer le service public » de l’information.
« Nous exigeons du pouvoir qu’il cesse d’imposer la censure aux médias publics et privés, et de porter atteinte aux libertés médiatiques afin de garantir le droit du citoyen à une information objective et neutre », indiquent les plus de 300 signataires. Parmi eux figurent une cinquantaine de journalistes de la radio et télévision nationales, dont le ton est très contrôlé.
« Le journalisme n’est pas un crime », soulignent-ils. « L’Algérie traverse une séquence historique que les médias et les journalistes doivent accompagner par un plus grand professionnalisme et la liberté en est l’une des conditions fondamentales ».
Depuis plusieurs mois, au moins trois journalistes ont été placés en détention provisoire en lien avec des publications sur les réseaux sociaux. D’autres ont été placés sous contrôle judiciaire.
Une banderole pour les « détenus d’opinion »
Cette vague de répression des manifestations a également conduit, mardi, à la condamnation de 28 personnes à six mois de prison ferme par un tribunal d’Alger. Arrêtées en possession d’un drapeau amazigh (berbère), elles ont été jugées coupables d’ »atteinte à l’intégrité du territoire national ». Le lendemain, cinq autres personnes, jugées pour les mêmes faits, ont été acquittées par un autre tribunal de la capitale.
À l’intérieur du cortège, vendredi, une longue banderole sur laquelle figuraient les noms et les photos de ces « détenus d’opinion » s’étirait sur une quarantaine de mètres.
Des manifestants très nombreux ont également défilé à Oran et Constantine, les deux autres principales villes d’Algérie, selon des journalistes locaux. Des marches ont également fortement mobilisé dans plusieurs autres localités, selon les sites d’information en ligne et les réseaux sociaux.
Des manifestations qui se sont dispersées sans incident en fin d’après-midi, selon France 24.

La LADDH appelle à l’annulation de «cette présidentielle dangereuse pour le pays»

La LADDH ( Ligue Algérienne Des Droits de l’Homme) appelle à l’annulation de l’élection présidentielle prévue pour le 12 décembre. Cette organisation de défense des droits de l’Homme estime que la situation est explosive et peut déraper à tout moment. «Au lendemain de la marche historique de vendredi 15 Novembre qui a vu défiler massivement des millions d’Algériennes pacifiquement à travers 46 wilayas, le pouvoir ne semble pas reculer. Au contraire, il maintient son coup de force et multiplie la provocation au risque d’aller à une confrontation certaine avec la population, résolue à défendre pacifiquement sa révolution et à faire aboutir sa revendication légitime du changement effectif du système», écrit la LADDH.
«Alors, un bras de fer s’installe sur fond d’escalade dangereuse. Chaque jour on assiste à des tentatives de marches organisées par les relais du pouvoir dans les wilayas pour imposer le coup de force, malheureusement ces dernières finissent toujours par des affrontements entre les partisans des élections ostentatoirement appuyés et encadrés par les services de sécurité et les médias du pouvoir contre la population locale qui tente de résister pacifiquement», poursuit cette organisation, qui estime que «fort heureusement que, jusque-là, le bon sens et la retenue ont prévalu à chaque fois».
«Après Annaba, Constantine, aujourd’hui, c’est à Oran et à Bordj Bou Arréridj. Le bilan est toujours le même, visiblement la répression a pour seule cible le Hirak. Le parti pris du pouvoir et des administrations locales est manifeste : des arrestations massives, de l’utilisation abusive de la force, toujours contre les partisans du Hirak qui, après neuf mois, n’a rien à démontrer de son pacifisme», souligne la LADDH pour laquelle «le climat devient de plus en plus délétère, au fur et à mesure que nous avançons de la date de l’élection, prévue pour le 12 décembre 2019».
«Le pouvoir joue avec le feu, cette élection présidentielle est dangereuse pour le pays, elle va approfondir la crise, au risque de diviser le peuple, attenter à la cohésion de l’Etat et de l’armée, attenter à la cohésion et à l’unité nationales», estime cette organisation qui dit lancer «un appel pressant à l’adresse du pouvoir politique et du pouvoir de fait pour l’annulation de ces élections et l’ouverture d’un dialogue sérieux et ouvert pour une solution politique, pacifique et consensuelle à la hauteur des espoirs suscités par le Hirak», selon Algérie 7.

 

 

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