IL Y A TRENTE ANS LA CHUTE DU MUR DE BERLIN

Courrier tunisien – 11 Novembre 2019 –
En novembre 1989 avec l’effondrement du mur qui sépare Berlin Est de Berlin Ouest,c’est un système politique mais aussi économique et sociétal qui implose

 Le 9 novembre 1989, la frontière entre l’Est et l’Ouest s’ouvrait

Trente ans ont passé. Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait. Surnommé « le mur de la honte », il était le symbole d’une Europe scindée en deux. Il s’ouvrait, laissant passer des milliers d’Allemands de l’Est vers l’Ouest. Un premier pas vers la réunification des deux Allemagne.
La nuit du 9 au 10 novembre 1989 est restée gravée dans les mémoires de ceux qui l’ont vécue en Allemagne, au pied du Mur ou de plus loindans le monde. Aujourd’hui, certains l’ont oublié. Pour d’autres, il reste le symbole d’une RDA qu’il fallait fuir à tout prix. Enfin, certains restent nostalgiques de l’ère soviétique.
Le temps ne s’est pas arrêté dans la capitale allemande le jour où le Mur est tombé. Réunifiée après vingt-huit ans de partition, Berlin a dû se forger une nouvelle identité. L’Allemagne réunifiée également.

Pour les 30 ans de la chute du Mur, le président allemand demande du « respect » aux États-Unis

À l’occasion du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a réclamé le « respect » de la part des États-Unis. Angela Merkel a quant à elle appelé l’Europe à défendre « la démocratie et la liberté ».
 Le président allemand a appelé samedi 9 novembre les États-Unis de Donald Trump à faire preuve de « respect mutuel » avec ses alliés et à ne pas céder à « l’égoïsme national », lors de la célébration des 30 ans de la chute du Mur.
Frank-Walter Steinmeier s’exprimait avant une série de concerts donnés samedi soir porte de Brandebourg, qui « fut pendant si longtemps un symbole de la division de l’Allemagne ».
Le Mur de Berlin, érigé en août 1961 par le régime communiste est-allemand, passait en effet juste devant cette porte.
Frank-Walter Steinmeier a aussi rendu hommage aux États-Unis de l’époque,  « bras fort de l’Ouest » ayant contribué à fragiliser les fondations du Mur.
« Nous, les Allemands, nous devons beaucoup à cette Amérique. À cette Amérique en tant que partenaire dans le respect mutuel, en tant que partenaire pour la démocratie et la liberté, contre l’égoïsme national. C’est ce que je souhaite aussi à l’avenir », a estimé le président allemand, dans une allusion à peine voilée au cap suivi actuellement par l’administration de Donald Trump.
En raison des conflits au sujet des dépenses militaires ou du commerce, les relations entre l’Allemagne et les États-Unis n’ont jamais été aussi tendues depuis l’après-guerre qu’aujourd’hui.
Angela Merkel appelle à défendre « la démocratie et la liberté »
Plus tôt dans la journée, la chancelière allemande Angela Merkel a exhorté l’Europe à défendre ses valeurs fondamentales comme « la démocratie et la liberté », samedi 9 novembre, à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin qui avait mis fin au Rideau de fer sur le Vieux continent.
« Les valeurs qui fondent l’Europe, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit et la préservation des droits de l’Homme ne vont pas de soi » et « doivent toujours être défendues », a-t-elle assuré dans la chapelle de la Réconciliation, un des lieux de mémoire de la division de la ville, qui dura du 13 août 1961 au 9 novembre 1989. La chapelle est édifiée sur le terrain d’une ancienne église, détruite sous la dictature communiste est-allemande parce qu’elle se trouvait dans la zone du « no man’s land » entre les deux parties de la ville.
« À l’avenir, il convient de s’engager » pour défendre les valeurs de l’Europe, a ajouté la chancelière, alors que le modèle de démocratie libérale est de plus en plus remis en question dans le monde, mais aussi dans une certaine mesure sur le continent même.
Certains pays d’Europe de l’Est, comme la Hongrie ou la Pologne, pourtant pionniers dans la contestation de la dictature communiste dans les années 1980, se voient aujourd’hui accusés par l’Union européenne de ne pas respecter pleinement les règles de l’État de droit.
Tensions internationales
Partout, la tentation du nationalisme est perceptible dans les opinions.

« La démocratie libérale est contestée et remise en question », a également jugé le chef de l’État allemand, Frank-Walter Steinmeier, dans une allocution en présence des présidents de Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie, quatre pays ayant jadis préparé le terrain à la chute du mur de Berlin.
« Le 9 novembre nous rappelle qu’il faut combattre la haine, le racisme et l’antisémitisme », a aussi dit pour sa part la chancelière. Cette journée marque également en Allemagne l’anniversaire de la Nuit de cristal de 1938 durant laquelle les nazis incendièrent les synagogues du pays.
La chute du Mur s’était déroulée à la suite d’une révolution pacifique et les images des Allemands exultant de joie et tombant dans les bras les uns des autres avaient fait le tour du monde.
Les coups de pioche dans cet édifice de béton de plus de 150 km de long avaient marqué la fin d’un monde coupé en deux durant la Guerre froide et fait à l’époque espérer une longue ère de détente et d’unité. Ces espoirs se sont aujourd’hui dissipés, avec des tensions géopolitiques grandissantes dans le monde, y compris au sein du bloc occidental, selon France 24.

Trente ans après la chute du Mur, la Bundeswehr n’a que deux généraux nés en ex-Allemagne de l’Est

Le soir du 9 novembre 1989, avec la chute du Mur de Berlin, un « peuple entier se libérait, près de quarante ans à attendre, pour passer de l’autre côté », a chanté Jean-Pax Méfret. Et l’événement ouvrait la voie à la réunification de la République fédérale d’Allemagne [RFA] avec la République démocratique allemande [RDA] et, plus généralement, annonçait la chute du communisme dans l’est de l’Europe. La réunification allemande eut lieu près d’un an plus tard, le 3 octobre 1990.
Cette dernière ne se fit pas sans mal, en raison de l’écart abyssal entre les situations économiques et sociales entre l’ouest et l’est de cette Allemagne réunifiée. Qui plus est, la décision de convertir 1 deutsche Mark pour 1 Ost Mark eut pour conséquence de creuser encore plus le fossé entre la RFA et l’ex-RDA. Pendant que le PIB de la première progressait de 5%, la second vit le sien chuter inexorablement.
Trente plus tard, plus de 50% du PIB allemand se concentre dans seulement trois Länder, à savoir la Rhénanie-du-Nord/Westphalie, le Bade-Wurtenberg et la Bavière, les 13 autres régions se partageant le reste. Et un Allemand de l’Ouest dispose, en moyenne, d’un patrimoine de 94.000 euros. Soit un niveau plus de fois supérieur à celui que détient un « Ossi » [41.000 euros en 2017, ndlr].
Cependant, le gouvernement allemand assure que les différences tendent à s’estomper progressivement. « Le rapport annuel du gouvernement fédéral [Jahresbericht der Bundesregierung zum Stand der Deutschen Einheit 2018] confirme que le nivellement des conditions de vie est bien avancé. Surtout en ce qui concerne l’infrastructure, la qualité de l’environnement, l’image des villes et des villages, les conditions de logement et la santé », dit-il.
Le taux de chômage dans l’ex-RDA, qui était encore de 18,7% en 2005, est tombé à 7,5% douze ans plus tard, alors qu’il s’élève à « seulement » 5,3% dans les Landër de l’Ouest. Et cela grâce à un tissu économique reposant essentiellemnt sur des PME. « La part de l’industrie dans la valeur ajoutée brute est aujourd’hui dans l’est de l’Allemagne supérieure à la moyenne de l’Union européenne », assure Berlin.
Reste, malgré tout, « pour ce qui est du niveau des salaires, de la force économique, de la recherche et de l’innovation, l’est de l’Allemagne accuse encore un retard par rapport à l’ouest », admet le gouvernement allemand.
Mais la différence entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne se mesure aussi au sein de la Bundeswehr. En effet, seulement deux officiers généraux nés en ex-RDA figurent parmi les 215 que comptent les forces armées allemandes. Et, au ministère de la Défense, « 10 chefs de division sur 181 sont nés en Allemagne de l’Est », selon des données officielles communiquées à Matthias Höhn, un député du Bundestag.
L’explication probable à cette situation est à chercher dans le parcours des officiers originaires de l’ex-RDA arrivé à un âge où ils peuvent espérer obtenir leurs étoiles de général. Ayant servi dans une armée ayant fait partie du Pacte de Varsovie, ils ont pris du retard dans leur avancement par rapport à leurs camarades rompus aux procédures de l’Otan. Et sans doute que certains réflexes et modes de pensée ne sont pas aussi faciles à perdre…
Cependant, cette situation vaut aussi pour les autres administrations fédérales allemandes, même si elle semble un peu moins marquée. Ainsi, « sur les 1.750 chefs d’unité des ministères fédéraux et de la Chancellerie, 217 seulement sont nés en Allemagne de l’Est. Soit 12% », souligne le quotidien « Schweriner Volkszeitung ».
Quoi qu’il en soit, a fustigé le député Höhn, « la direction de la Bundeswehr est aux mains de l’Allemagne de l’Ouest. » Pour lui, le « gouvernement fédéral est seul responsable de ces disparités inacceptables dans la direction de la Bundeswehr » et « le fait qu’il parle d’une armée unifiée semble presque ridicule. »
Par ailleurs, la faible proportion de généraux nés en ex-RDA n’est pas ce qui a retenu l’attention du Bundeswehr-Journal. En revanche, le nombre d’officiers généraux au sein des forces armées allemande l’a fait tiquer.
Avec 215 généraux pour environ 197.000 militaires, le Bundeswehr-Journal estime en effet qu’il y « peu d’Indiens mais beaucoup de chefs ». Et, selon lui, la Bundeswehr a un « problème de leadership ». En France, on compte 376 officiers généraux pour 206.317 personnels militaires d’active et 61.287 employés civils.
« En 1992, il y avait près de 470.000 soldats, dirigés par 193 généraux. La Bundeswehr a donc économisé sur tout depuis la fin de la Guerre Froide mais n’a pas touché aux postes de direction les plus élévés, bien payés et politiquement occupés », a souligné Ferdinand Knauß, ancien porte-parole du ministère allemand de l’Éducation et de la Recherche devenu journaliste au magazine économique WirtschaftsWoche, selon Zone Militaire.

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