Omar Hassan Ahmad al-Bashir, president of Sudan, sits in the Plenary Hall of the United Nations Conference Centre in Addis Ababa, Ethiopia, during the 12th African Union Summit Feb. 2, 2009. The assembly endorsed the communique, issued by the Peace and Security Council of the African Union, to defer the process initiated by the International Criminal Court to indict Bashir. (U.S. Navy photo by Mass Communication Specialist 2nd Class Jesse B. Awalt/Released)

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dictateurs et leurs pauvres pays

Courrier tunisien – 23 Août 2019 –
Le procès pour corruption d’Omar el-Bechir s’est ouvert ce samedi à Khartoum. Désormais derrière les barreaux, l’ancien dictateur soudanais est resté 26 ans au pouvoir. Mais la liste de ses anciens collègues dictateurs reste longue. Petit tour d’horizon des despotes qui ne rêvent que de diriger toute leur vie.
Le parangon du dictateur c’est lui
En Corée du Nord, bien que décédé en 1994, Kim Il-Sung demeure le président éternel de la République populaire et démocratique de Corée (RPDC) et Kim Jong-il, mort en 2011, est le secrétaire général éternel du Parti des travailleurs. Kim Jong-un a été proclamé Commandant suprême à la mort de son père. Il continue à gouverner le pays comme papa, avec un culte de la personnalité poussé à l’extrême. Fougueux à ses débuts, il était animé par une furieuse envie de se confronter militairement aux États-Unis. Depuis, l’ambiance s’est réchauffée avec Donald Trump. L’ambiance entre les deux chefs d’États ressemble plus à une romance, bien partie pour durer plus qu’un été. Il ne faut pas croire que le cœur de Kim Jong-un s’est attendri. À la tête du pays le plus fermé du monde, il a fait exécuter son oncle, numéro deux du régime, ainsi qu’un général au canon anti-aérien.
Ces dictateurs qui imposent leur dynastie
Le dictateur peut arriver au pouvoir par la dynastie familiale (elle peut être fraternelle dans le cas des Castro à Cuba), par un coup d’État, parfois par les urnes. Le but ultime est de rester le plus longtemps possible maître du pays. Quitte à s’arranger avec la loi électorale, la Constitution s’il le faut, ou s’en prendre à l’intégrité physique des opposants.
En Guinée-Equatoriale, le président Teodoro Obiang Nguema est à la tête du pays depuis le coup d’État du 3 août 1979. Il est détenteur du titre de plus ancien dirigeant en poste sur le continent africain (40 ans). Réélu en 2016 pour un cinquième mandat de sept ans, il peut se vanter de scores frisant les 100 %. Lui, c’est avec son fils qu’il a quelques soucis. Teodorin, ancien ministre de l’Agriculture et des Forêts promu vice-président par son père, est au centre du premier procès des « biens mal acquis » en France. Il a été condamné en 2017 à Paris à trois ans de prison et 30 millions d’euros d’amende, jugement dont il a fait appel.
 Le héros devenu tortionnaire
En Érythrée, Issayas Afewerki est à la tête de l’État depuis 1993 (26 ans au pouvoir). Vu au départ comme l’un des héros de la libération de du pays au terme d’une sanglante guerre d’indépendance contre l’Éthiopie, celui qui a été le secrétaire général du Front populaire de libération de l’Érythrée (FPLE) est nommé en mai 1993 président de l’État d’Érythrée. Entre 1998 et 2000, l’Ethiopie et l’Érythrée se livrent une guerre qui tue près de 100 000 jeunes des deux pays. Issayas Afewerki développe une paranoïa aiguë qui fait plonger le pays dans la peur de la torture à partir de 2001 et entraîne de très nombreuses disparitions de journalistes et d’opposants. Les lycéens sont enrôlés de force dans l’armée dès qu’ils sont en âge de porter une arme. Beaucoup d’Érythréens fuient le pays par tous les moyens. En 2016, une commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’homme en Érythrée fait état de « crimes contre l’humanité [commis] dans le cadre d’une campagne systématique et à grande échelle contre la population civile depuis 1991 ».
Le discret
Au Cameroun, Paul Biya est arrivé au pouvoir en 1982. Surnommé « une main de fer dans un gant de fer », le président brille par sa discrétion, il sait se faire oublier si bien que son nom n’apparaît pas toujours dans la la liste des despotes du continent africain. Pourtant, Paul Biya ne goûte que très peu aux joies de l’alternance. Avant d’entamer son long chemin à la présidence, il a été sept fois premier ministre, en guise de mise en bouche. Ses détracteurs lui reprochent de passer plus de temps en Suisse qu’à Yaoundé. Cet absentéisme est contesté par son armée d’avocats, même si les faits sont têtus. Depuis 1993, il n’a tenu que quatre conseils des ministres. Ayant été victime d’une tentative de coup d’État, il chouchoute depuis les forces de l’ordre. Les salaires de la fonction publique sont régulièrement revus à la baisse, sauf ceux des militaires et des policiers.
L’Ex-URSS, vivier de dictateurs
Les anciennes républiques soviétiques, jeunes par définition, présentent des profils de despotes dans la force de l’âge et avec donc tout l’avenir devant eux.
En Tchétchénie, Ramzan Kadyrov a été nommé président depuis février 2007 par Vladimir Poutine, qui reste lui-même président de la Fédération de Russie. Depuis, la liberté de la presse est bafouée et les disparitions et les emprisonnements politiques sont légion. Selon l’association Human Rights Watch, dans cette région, « les enlèvements sont encore une pratique courante pour se débarrasser de ceux qui critiquent le pouvoir ».  Sous l’impulsion de Kadyrov, Grozny s’est islamisée à marche forcée. Des dizaines de mosquées ont été construites et les femmes sont chaudement invitées à se voiler. Une enquête du journal indépendant Novaïa Gazeta a révélé en 2017 que les homosexuels sont devenus la cible des autorités qui en ont arrêté plus de 100 et incité leurs familles à les tuer pour « laver leur honneur ». D’autres sont détenus dans des prisons « non officielles ».
En Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev a été élu sans surprise avec 88,6 % des voix en décembre 2016. Le président par intérim a pris la suite d’Islam Karimov, mort d’une hémorragie cérébrale à 78 ans, après avoir dirigé le pays d’une main de fer pendant 27 ans et avoir remporté toutes les élections avec des pourcentages allant de 86 à 100 % dans un pays où la répression est forte et où l’ONU dénonce tortures et atteintes aux libertés de la presse, de religion et politiques. Chavkat Mirzioïev a été Premier ministre d’Islam Karimov de 2003 à 2016. Depuis sa nomination, il a donné de timides signes d’assouplissement du régime : il a gracié un célèbre prisonnier politique et affirmé vouloir réformer l’économie ouzbèke, entièrement placée sous contrôle de l’État. L’Ouzbékistan émet depuis le début de l’année de nouveaux billets de 100 000 soums, une somme équivalent à seulement 10,5 euros, à la suite de la dévaluation décidée pour attirer les investissements étrangers.
La passion des grands travaux
Au Turkménistan, Gurbanguly Berdymukhamedov, 62 ans, est arrivé au pouvoir en 2006 après le décès de son fantasque prédécesseur, Saparmourat Niazov, qui avait fait ériger une statue dorée à son effigie, qui tournait sur elle-même pour suivre le mouvement du Soleil. Après une période d’intérim, celui qui était dentiste, puis ministre de la Santé, est élu avec plus de 89 % des voix en 2007 et réélu en 2012 avec 97 % des suffrages. Il avait promis au pays plus de sobriété mais Berdymukhamedov qui se fait surnommer « Arkadag » (patron protecteur), n’a pas résisté et a lui aussi voulu sa statue, érigée en 2015 et le représentant au sommet d’un rocher, montant son cheval favori Akkan et tenant une colombe dans la main droite.
Opposition muselée
Au Tadjikistan, Emomali Rahmon, est au pouvoir depuis 1992 et souhaite le rester jusqu’à sa mort, ce que personne ne semble en mesure de contester. En 2016, un référendum national a approuvé un certain nombre de modifications de la Constitution du pays parmi lesquelles la suppression de la limite des mandats présidentiels, permettant ainsi à Rahmon de rester au pouvoir aussi longtemps qu’il le souhaite.
En Azerbaïdjan, Ilham Aliev a pris la suite à la mort de son père Heydar en 2003. L’ex-responsable du KGB russe avait dirigé le pays depuis 1993. Le président Aliev a été réélu en 2018 à l’issue d’un scrutin marqué selon les observateurs internationaux par de « graves irrégularités » et un manque de pluralisme.
Au Bélarus, Alexandre Loukachenko est au pouvoir depuis 25 ans et facilement réélu lors de chaque élection, d’autant que l’opposition n’a pas le droit à la parole. L’ex-république soviétique est le seul pays européen qui applique encore la peine de mort. La presse est muselée et les opposants emprisonnés. Anti-homosexuels et antisémite, le président loue une certaine liberté d’expression et apprécie des déclarations comme : « tout ce qui est lié à Hitler n’est pas mauvais »..
FRANCE INTER  (Extrait) – 18 août 2019 –

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