L’ARGENTINE A DIT AU REVOIR À MARADONA

Courrier tunisien – 27 Novembre 2020 – 08:07 –

Photo: Des fans de Diego Maradona rassemblés devant la morgue de San Fernando dans la province de Buenos Aires, le 25 novembre 2020 – AFP –

Des milliers d’Argentins ont patienté pendant des heures pour voir le cercueil de leur idole installé au cœur de la Casa Rosada. Des affrontements avec la police ont éclaté quand la cérémonie a été interrompue malgré la foule immense encore présente dans la rue. Diego Maradona a été enterré auprès de ses parents dans un cimetière près de Buenos Aires. 

Entre l’adieu paisible dans le cimetière de Bella Vista et les scènes d’émeute aux abords de la Casa Rosada, le quotidien sportif Olé s’est attardé sur la photo de deux supporters enlacés et en larmes. L’un de Boca Juniors, l’une des équipes de Diego Maradona et l’autre de River Plate, l’ennemi juré.  “Parce que Maradona est plus qu’un club; Maradona est notre football”, commente Olé.

Des milliers de ce que le journal appelle des “Maradoniens” ont fait la queue dès six heures du matin sur la place de Mai à Buenos Aires pour rendre un dernier hommage au héros du pays. Son cercueil a été installé dans le hall central de la Casa Rosada, l’équivalent de l’Elysée. La file d’attente pour y accéder s’étalait sur 20 pâtés de maison, décrit Clarin.

Le grand quotidien argentin évoque des scènes de “pèlerinage” et une foule respectueuse à l’approche du cercueil. “Personne ne sort le portable, personne ne joue le voyou”. A l’extérieur, on vend des sandwiches au salami à 100 pesos, de la bière fraîche au milieu des drapeaux et des T-shirts où figure le visage du champion du monde 1986.

“Empêchés de fréquenter les stades en raison de la longue interdiction imposée par le coronavirus, les supporters de toutes les équipes ont répété leurs chansons de tribune près de la Place de Mai”raconte La Nacion“Pour beaucoup, ce n’était pas seulement un adieu à l’idole, ils ont dit au revoir à un morceau de leur enfance et de leur adolescence”, poursuit le quotidien.

Selon le journal, “le désir d’un passé dans lequel nous étions jeunes et triomphants, le lien vital avec une large génération d’Argentins” expliquent le rassemblement massif sur une place où un écran géant diffuse les exploits du “Pibe del Oro”. Pascual, 46 ans, confie à La Nacion qu’il voulait “le sentir proche, le remercier d’avoir rendu ma vie heureuse”.

Mais la tension monte peu à peu. “La ferveur populaire, la chaleur, les heures d’attente, la désorganisation et, surtout, la crainte que l’heure fixée pour la clôture de la cérémonie empêche de nombreuses personnes d’entrer ont représenté une combinaison dangereuse”, souligne Clarin.

Alors soudain apparaissent, en direct sur toutes les chaînes de télévision, “les images que nous ne voulions pas voir”déplore Cronica. La police disperse la foule avec balles en caoutchouc et gaz lacrymogènes. Les affrontements entre une partie du public et les forces de l’ordre débordent dans les rues alentours. Le cercueil est déplacé et la famille de Maradona mise à l’écart.

Une veillée aussi courte “était une grave erreur”, estime Olé“Le dernier adieu s’est transformé en chaos”, conclut le journal pendant que La Nacion dénonce une récupération politique en pleine pandémie.

Le président Alberto Ángel Fernández “a rassemblé une foule chez lui, rejetant les précautions de distanciation sur lesquelles il avait insisté comme au catéchisme”, s’agace le quotidien.

“La douleur sera éternelle”

“Le populisme se nourrit de mythes et aujourd’hui le gouvernement cherche à s’immerger dans celui de Diego Maradona. Face aux problèmes auxquels il est confronté, il a fait appel à l’émotion pour lui venir en aide (…) L’Argentine est un pays sujet aux émotions. Aussi, à ses débordements. Mais il y a certaines manipulations vouées à mal tourner”, analyse le titre conservateur.

Le cortège funéraire a fini par quitter la Casa Rosada direction le jardin de Bella Vista, à 40 kilomètres environ du centre de Buenos Aires. Des feux d’artifice ont été tirés quand il est passé devant le stade du club de Velez Sarsfield. “Au cours du trajet, des fans couraient aux côtés du corbillard. Ils ont crié, ils ont pleuré (…) Beaucoup ont jeté de petits morceaux de papiers, comme dans un stade de football”, signale Clarin.

Le corps de l’idole est arrivé sur place vers 19 heures. L’enterrement a eu lieu en petit comité, environ 25 personnes. Le cimetière avait été sécurisé. Une heure plus tard, la légende du foot argentin reposait aux côtés de ses parents. “Ça fait mal”résume Olé“Diego a laissé une marque sur la peau de millions de fans de football. Au revoir, génie. La douleur sera éternelle”.

Il laisse un héritage que personne ne connaît vraiment avec certitude, indique Clarin“Mais la guerre entre ses héritiers est garantie”, prédit le quotidien, qui cite parmi ses biens cinq maisons, plusieurs voitures de luxe ainsi qu’un véhicule amphibie de 2 mètres 60 de haut offert lors d’un séjour en Biélorussie.

Loin de ces considérations, le club de Naples a aussi rendu hommage à celui qui lui a offert ses deux seuls titres de champion d’Italie, note La Repubblica. Avant leur match de Coupe d’Europe, les joueurs du Napoli sont entrés sur la pelouse portant le numéro 10 de Maradona. De leur côté, les supporters continuent de déposer bougies, fanions, photos et autres messages devant le stade San Paolo. Une enceinte que la ville pourrait bientôt rebaptiser stade Diego Armando Maradona, précise La Stampa, d’aprèsCourrier International.

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