FRANCE -VACCIN CONTRE LA GRIPPE : VERS LA CONSTITUTION D’UN « STOCK D’ETAT »

Courrier tunisien – 20 Octobre 2020 – 07 :35 –
La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière a connu un très fort démarrage, au point que certains pharmaciens manquent déjà de vaccins.
« Le premier jour, on a vacciné toute la journée, on n’a jamais vu ça ! » La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière, lancée mardi 13 octobre sur fond de pandémie de Covid-19, a rencontré un franc succès pour sa première semaine. « Plus de 5 millions de vaccins ont déjà été délivrés, contre 12 millions l’an passé sur toute la saison dernière », se félicite Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). « La semaine dernière, on a vendu 51 % des doses écoulées l’an dernier », acquiesce Pascal Fontaine, directeur des achats du groupe Pharmacie Lafayette.
Un très bon signal pour le gouvernement, qui espérait cette année que le contexte pousse le public à risque (personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques) à se faire massivement vacciner. Les autorités sanitaires souhaitent cette année atteindre les 75 % de couverture vaccinale du public à risque recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’an dernier, ils n’étaient que 47,8 % à s’être fait vacciner, selon Santé publique France.
30 % de doses supplémentaires commandées
Le démarrage est bon, mais les pharmaciens s’inquiètent de pouvoir tenir sur la durée. Certaines officines sont déjà en rupture de stock. Aux pharmacies Lafayette, Pascal Fontaine voit aussi le sien se vider : « Dans une à deux semaines, on pourrait être en rupture. Sanofi et Mylan, qui nous fournissent, ont du mal à honorer nos commandes. »
Si la crise sanitaire laissait présager une forte demande en vaccins contre la grippe, il était difficile pour les pharmaciens d’anticiper un tel engouement, les commandes étant en général passées en décembre. Mais les autorités sanitaires s’étaient donné pour objectif ces derniers mois de rendre disponibles 30 % de doses supplémentaires : deux tiers acquis par les pharmaciens et un tiers « par la constitution, pour la première fois, d’un stock d’État », souligne le ministère de la Santé dans un communiqué.
Problèmes de livraison
Plus qu’un problème de stock, il y a surtout un problème de logistique, explique Gilles Bonnefond. « Les livraisons sont échelonnées en plusieurs fois, mais ce n’est pas tenable car on a eu beaucoup de vaccinations la première semaine. » Le président de l’USPO appelle les laboratoires à « avancer les livraisons ». « On va se retrouver en rupture alors que les vaccins sont sur le territoire français ! »
Des tensions sur le stock pourraient toutefois apparaître avec le temps. Pascal Fontaine s’inquiète des patients non prioritaires venus se faire vacciner dès les premiers jours, alors que les autorités sanitaires leur recommandent d’attendre décembre pour le faire. « Les quantités produites ne couvrent déjà pas toute la population à risque et le personnel soignant [lui aussi dans les publics prioritaires, NDLR]. »
Gilles Bonnefond, au contraire, assure n’avoir eu que « très peu de patients venus sans bon de l’assurance maladie, 5 % maximum, dont des personnels d’Ehpad ou d’officines », pas officiellement considérés comme du personnel soignant. « Mais je vois aujourd’hui des entreprises commander des doses auprès des laboratoires pour faire vacciner leurs employés : il ne faudrait pas qu’une partie des vaccins aillent dans des structures où il n’y a pas de public prioritaire. » Et le président de l’USPO d’enfoncer le clou : « Si les vaccins promis sont bien sur le territoire français, il n’y a pas de raison pour qu’ils ne soient pas dans les frigos des pharmaciens. »
Trop tard pour fabriquer de nouvelles doses
Il est trop tard pour fabriquer de nouvelles doses en urgence, les pharmaciens vont donc devoir composer avec le stock existant, d’où l’importance de respecter la priorisation définie par les autorités. « Il fallait augmenter le stock à cause du Covid et parce que la vaccination avait déjà augmenté l’an dernier depuis que les pharmaciens sont autorisés à vacciner, note Gilles Bonnefond. « Mais personne ne pouvait imaginer qu’en une semaine on livrerait près de la moitié du stock. »
Heureusement, passé la frénésie des premiers jours, « le rythme de vaccination est en train de s’apaiser », observe le pharmacien. « On ne sait pas si c’est un engouement au départ ou si la population a vraiment envie de se faire vacciner, mais ça augure quelque chose de positif pour quand on aura enfin un vaccin contre le Covid. »
 Par Thibaut Déléaz

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