A ROLAND-GARROS, RAFAEL NADAL ETEND SON REGNE A L’INFINI

Courrier tunisien – 11 Octobre 2020 – 19:00 –
Photo : avec son 13e titre record dimanche 11 octobre face à Novak Djokovic, Rafael Nadal égale le Suisse Roger Federer et ses 20 titres du Grand Chelem. Alessandra Tarantino / AP
L’Espagnol, vainqueur dimanche de Novak Djokovic dans une finale à sens unique (6-0, 6-2, 7-5), égale le Suisse Roger Federer et ses 20 titres du Grand Chelem, le 13e porte d’Auteuil.
Ni un ennemi invisible dont le spectre aura bouleversé cette édition automnale. Ni le froid. Ni la pluie. Ni les nouvelles munitions officielles, jugées unanimement plus lourdes cette année. Pas même le seul joueur invaincu cette saison – si ce n’est par lui-même – n’auront réussi à faire vaciller la statue vivante et ébranler la forteresse. Même modernisé, même coiffé de son toit, le court Philippe-Chatrier reste la citadelle d’un homme et un seul : Rafael Nadal. Dimanche 11 octobre, l’Espagnol a donné une masterclass à Novak Djokovic, fessé 6-0, 6-2, 7-5.
Depuis le début de la quinzaine, on avait beau gloser sur cette édition « extra-ordinaire » placée sous la menace du Covid-19, entre contexte sanitaire plombant l’ambiance dans les tribunes et climat automnal capricieux, elle avait accouché de la finale idéale entre les deux meilleurs joueurs du monde. Un 56e duel (le 9e en finale de Grand Chelem) entre le roi de la terre battue, 34 ans, et le meilleur joueur de la décennie, 33 ans – la rivalité la plus prospère de l’ère Open.
Avec, en prime, un morceau d’histoire : l’Espagnol briguait une 100e victoire porte d’Auteuil (pour deux défaites), et surtout, un 13e sacre pour rejoindre Roger Federer avec 20 titres du Grand Chelem au compteur. Le Serbe, lui, courait après son 18e Majeur et sa 2e Coupe des Mousquetaires pour devenir le premier dans l’ère Open (et le troisième de l’histoire, après les Australiens Rod Laver et Roy Emerson) à s’offrir au moins deux fois les quatre trophées du Grand Chelem.
Une roue de bicyclette, comme Federer en 2008
A finale historique, décor inédit : pour la première fois dans l’histoire du tournoi, la finale s’est jouée sous le toit, en conditions pas complètement indoor toutefois en raison des ouvertures latérales qui laissent passer l’air.
Le premier set fut une démonstration de la part du propriétaire des lieux, qui récita son tennis dans pratiquement tous les compartiments de jeu, hormis à la volée si on veut chipoter. Près de sa ligne, particulièrement agressif, il fait craquer Novak Djokovic à l’échange, trahi par sa première balle, en panne (42 %), et entré beaucoup trop mollement dans la partie. Les deux hommes, en maîtres de la géométrie, se livrent dans la diagonale des échanges dignes de leurs rangs mais la muraille espagnole est tout simplement infranchissable. Le numéro deux mondial ne commet que deux fautes directes du set et inflige la 4e roue de bicyclette (6-0) de sa carrière en Grand Chelem à Djokovic, qui n’avait jamais subi pareil camouflet en finale. Il y avait comme un air de déjà-vu sur le Central : en 2008, en finale, Roger Federer avait lui aussi subi pareil affront (6-1, 6-3, 6-0).
Avant la rencontre, on prédisait une issue incertaine. Cette année, voulait-on croire, les cartes étaient légèrement rebattues. Avec, d’un côté, le maître des lieux et ses 12 trophées en guise de solide cuirasse ; de l’autre, le seul joueur encore en activité à avoir déboulonné la statue vivante dans son jardin (en 2015, en quarts de finale). La dynamique penchait même un peu en faveur de Novak Djokovic, qui n’avait plus perdu contre son rival en Grand Chelem depuis la finale de Roland-Garros en 2014.
Les éléments extérieurs jouaient aussi pour lui, à l’en croire. Il y a, à l’automne, des brèches dans la forteresse espagnole qui n’existent pas aux beaux jours du printemps. Les conditions humides rendent sa balle moins lourde, moins vive, moins haute. « Rafa a donné tort à tout le monde, il a joué un match fantastique aujourd’hui, je ne construisais pas bien les points mais c’était surtout en raison de sa défense incroyable. Normalement, après deux ou trois coups, je fais le point face à 90 % des joueurs mais pas face à lui. J’ai été battu par un joueur proche de la perfection aujourd’hui », dira le Serbe après coup. Frustré après sa mésaventure new-yorkaise, il attendait l’Espagnol comme un mort-de-faim.
Mais le deuxième set ne fait que confirmer l’impression laissée par le premier : à court de solutions, Novak Djokovic se fait manger tout cru par un Nadal qui, lui, a réponse à tout. Le Serbe doit attendre cinquante-quatre minutes pour inscrire son premier jeu.
Nadal agressif comme rarement face à Djokovic
De mémoire, on avait rarement vu Rafael Nadal agresser autant son rival ces dernières années. Depuis le début de la quinzaine, il a parfois joué trop court et sans étincelles jusqu’aux demi-finales. Cette fois, il est parfaitement réglé, notamment au service, qui lui joue parfois des tours. En face, le Serbe multiplie les déchets en coup droit et en revers. Seule sa razzia d’amorties piègent de temps à autre son dauphin au classement. Sur un nouveau point d’anthologie conclut par un revers slicé à la volée, l’Espagnol réalise le double break et remporte sa mise en jeu et la 2e manche dans la foulée (6-2).
Il faut attendre le 3e set pour voir le Serbe prendre vie. Quand il débreake pour recoller à 3 jeux partout, pour la première fois du match, on le voit exprimer sa rage et haranguer les tribunes, dont la jauge dépassait dimanche allègrement les 1 000 personnes. Dos au mur, le numéro un mondial se met à mieux jouer, plus alerte et retrouvant sa lucidité. Le public distribue des « No-vak » en rafales, espérant que le match se prolonge un peu. Nadal se procure une balle de break à 4-4 après un enchaînement amortie-lob de son adversaire qu’il conclut d’un énième coup droit gagnant.
Mais le Serbe ne craque pas et repasse devant. Le sursis ne va pas durer, sur une double faute, Novak Djokovic cède sa mise en jeu sur un plateau, laissant l’Espagnol servir pour le match à 6-5. En monstre de réalisme, celui-ci ne boude pas l’offrande et s’offre trois balles de match qu’il conclut d’un ultime service gagnant.
Comme à son habitude, le monarque s’agenouille sur sa terre promise mais pour la première fois, les larmes des 12 sacres précédents ont laissé place aux rires d’un gamin, poings sur le visage. Le même sourire espiègle que l’adolescent de 19 ans en bandana et pantacourt qui triomphait pour la première fois à « Roland » il y a quinze ans.
Par Elisabeth Pineau 

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