CRISE AU MALI

Courrier tunisien – 23 Août 2020 –
Un coup d’État, beaucoup de questions
Au Mali, des militaires ont choisi la manière forte pour obliger le président IBK à démissionner. Ce putsch rondement mené met un terme à une grave crise politique sans issue et ouvre une nouvelle période d’incertitude.
Ce 18 août a vu se réaliser le quatrième coup d’État de l’histoire du Mali depuis son indépendance (novembre 1960 – mars 91 – mars 2012). Celui de mardi fait suite à une longue crise politique et institutionnelle, en sus d’un fort mécontentement dans l’armée. L’exaspération des militaires a été encore accentuée par la décision du Président malien prise le 17 août de modifier les conditions d’avancement des grades au sein de la grande muette. Cela dit, la lassitude des soldats du rang est ancienne, compte tenu de leur situation de dénuement et des traumatismes vécus, avec la perte de nombreux frères d’armes, depuis la guerre de 2012.
Ce putsch entre dans la catégorie des « coups d’État populaires », comme l’analysait le journaliste Safwene Grira en 2019 : « Pour contourner les sanctions et l’hostilité citoyenne, les nouveaux putschs ont entamé une nouvelle transmutation. Les mutins, l’armée ou une partie de l’armée n’intervient qu’en dernier recours pour dénouer un blocage politique devant une mobilisation populaire assimilée à une révolution. Pour ce faire, l’armée préférera, quand c’est possible, acculer un Président récalcitrant à la démission plutôt que de le déposer franchement. Cette technique s’est exprimée au Zimbabwe en 2017, puis en Algérie en 2018. » C’est en suivant ce schéma que les putschistes maliens ont agi tout au long de la journée du 18 août.
Un coup de génie
Car il faut bien reconnaître que le coup a été mené avec une précision d’horloger. En sept heures chrono, tout était bouclé sans qu’il y ait un mort ou un blessé à déplorer. Le film des événements est édifiant : aux environs de huit heures du matin, une mutinerie éclate au camp militaire de Kati ; une heure plus tard, la valse des arrestations des personnalités politiques débute par celle du ministre des Finances Abdoulaye Daffé, suivie de nombreuses autres, dont celle du très contesté président de l’Assemblée nationale Moussa Timbiné. En milieu de journée, les manifestants commencent à se rassembler sur le boulevard de l’Indépendance. Au même moment, des généraux sont arrêtés et des protestataires se rendent au domicile du chef de l’État, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Les putschistes demandent sa démission ; à 17 h, ils viennent le cueillir ainsi que son Premier ministre, Boubou Cissé, réfugié chez lui. La troupe se dirige ensuite vers le camp militaire de Kati. À 18h, les opérations sont terminées. Seule ombre à leur tableau et contrairement aux informations publiées ici et là, Karim Keïta n’a pas été emmené avec son père, il reste introuvable. Aux environs de minuit, IBK s’exprime devant les caméras de la télévision publique (ORTM) et annonce sa démission.
Les mutins ont tiré les leçons du coup d’État de 2012 qui leur avait coûté cher puisque leur chef, Haya Sanogo, avait fini en prison. Tous les corps d’armée étaient représentés dans le détachement qui a quadrillé le centre-ville et procédé à l’arrestation du Président et de Boubou Cissé. À la manœuvre, le colonel Assimi Goïta – neveu du général Youssouf Goïta, ancien directeur de la sécurité militaire sous Amadou Toumani Touré –, le colonel Malick Diaw, proche de Haya Sanogo, et le colonel Ismaël Wague, fils d’un ancien ministre de Moussa Traoré. Tous sont passés par les grandes écoles militaires –Prytanée, Emia.
Un silence étonnant…
Ce déroulé minutieux, efficace et rapide n’est pas sans poser un certain nombre de questions dans une capitale quadrillée par des forces étrangères. La force de maintien de la paix des Nations unies (Minusma) est au Mali à la demande expresse des autorités de ce pays. Une de ses principales missions, avec la protection des civils, consiste à rétablir « l’autorité de l’État dans tout le pays » donc à garantir la sécurité des institutions, celle du chef de l’État et des membres du gouvernement. Or, il semble qu’à aucun moment elle n’ait tenté de s’interposer lorsque les mutins se sont présentés à son domicile. Elle n’a pas non plus essayé d’exfiltrer IBK, alors qu’elle dispose d’une force d’intervention rapide constituée de forces spéciales sénégalaises. Elle n’a pas empêché non plus les multiples arrestations de ministres et de personnalités. Elle a en outre les moyens de garantir la sécurité de toutes ces personnalités dans son nouveau camp ultra sécurisé de plusieurs hectares situé tout près de l’aéroport. Étrangement, à aucun moment la Minusma n’a agi. De la même manière, toutes les autres forces en présence au Mali sont restées muettes et inactives. Il n’est pas illégitime de se questionner également sur l’aveuglement des services de renseignement de tous ces pays, y compris de la mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM), qui disposent de conseillers au sein de l’État-major et du ministère de la Défense tout au long de la préparation des événements de ce 18 août.
Et après ?
Si ce putsch magistralement orchestré règle le problème de la crise politique et institutionnelle que vivait le Mali depuis le 5 juin dernier, date de la première manifestation de l’opposition M5-RFP alliée à l’imam Dicko, il ouvre aussi une grande période d’incertitude et pose d’autres questions. Quels sont les réels desseins des mutins ? Ces officiers ont-ils des objectifs patriotiques et veulent-ils mettre fin à la corruption et à la gabegie qui règne à Bamako –comme ils l’annoncent– ou ont-ils un autre agenda ? Le M5 et l’imam Dicko ont-ils été instrumentalisés pour réussir un « coup d’État populaire » ou participeront-ils à la nécessaire reconstruction du pays ? La formation du nouveau gouvernement et surtout le choix des hommes politiques seront une indication sur l’orientation et les réelles motivations de la junte désormais au pouvoir au Mali.
Les Nations unies, l’Union africaine, la Cedeao (organisation des États ouest-africains), l’Union européenne et la France ont condamné fermement cette prise de pouvoir et la mise aux arrêts du président IBK et demandent sa libération immédiate. La communauté internationale gronde, pour tenter de faire baisser la tension, les pressions, le M5 RFP appelle à une grande manifestation le 21 août. Au Mali, ce n’est pas fini… précise Leslie Varenne.
Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta arrêté
Après sept ans à la tête du Mali, le président Ibrahim Boubacar Keïta a été arrêté par des soldats dans sa résidence de Bamako. Tôt dans la journée, une mutinerie avait eu lieu alors que le Mali traverse une crise politique depuis plusieurs mois.
IBK et Boubou ont été arrêtés” par des militaires. L’information, “urgente” est à la une de Mali actu, comme de toute la presse malienne ce mardi 18 août. Presque sept ans jour pour jour après son arrivée à la tête du Mali, le sort du président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) s’est précipité en seulement quelques heures et sans violence manifeste, mais après des mois de tensions.
Le président et le Premier ministre Boubou Cissé sont entre les mains des mutins”, poursuit le site d’information. Les deux figures de la tête de l’État ont été interpellées à la résidence d’Ibrahim Boubacar Keïta, Sebenikoro. Ils étaient avec Karim Keïta, le fils du président, qui moins de trois heures auparavant démentait son arrestation, alors que de nombreuses rumeurs circulaient. D’après plusieurs sources, une adresse à la nation à 20 heures, heure de Bamako (22 heures à Paris) pourrait avoir lieu. Dans la soirée, les Bamakois continuaient d’affluer place de l’Indépendance, le cœur de la capitale. Des soldats y étaient acclamés.
Cette folle et confuse journée a débuté avec des coups de feu, aux alentours de 8 heures, heure locale. Ils provenaient du camp de Soundiata-Keita de Kati, situé à une quinzaine de kilomètres de Bamako, comme l’a rapporté MaliJet. La ville a été “bouclée” par des hommes en treillis, “des pick-up et d’autres véhicules en sortent en cascade”, poursuit le site d’information. “Nous arrivions au travail lorsque nous avons eu l’information, nous avons très vite compris que c’était sérieux. On a refermé les bureaux et depuis on est chez nous”, témoigne un habitant.
Un président mal-aimé
D’après nos informations, ce sont notamment des soldats de l’armée de terre et d’hommes de la garde nationale, le corps qui assure la sécurité d’Ibrahim Boubacar Keiïa, qui se sont soulevés ce matin. Leur coup de colère aurait pour origine le limogeage du lieutenant-colonel Ibrahim Traoré, le chef de la sécurité présidentielle, lundi 17 août. Aucun affrontement n’a été signalé, ni victime recensée durant cette journée.
Ce président mal-aimé sera vraisemblablement tombé en moins d’une journée, mais cela faisait des mois qu’Ibrahim Boubacar Keïta faisait face à une crise politique sans précédent. La coalition du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques du Mali (M5-RPP) réclamait son départ du pouvoir, depuis plusieurs semaines, et la médiation ouest-africaine semblait dans l’impasse. Un homme bien connu dans le pays, l’imam Mahmoud Dicko, fait figure de leader de la contestation. Quel sera son rôle dans les prochaines heures ? Alors qu’on lui prêtait des ambitions politiques, va-t-il tenter de prendre la tête du pays ? Quelles sont ses relations avec les mutins ? Autant de questions encore en suspens.
La mission des Nations unies et la France, toutes deux engagées militairement au Mali dans la lutte contre le terrorisme, ont appelé leurs ressortissants à ne pas sortir de chez eux et à la prudence. Dans l’après-midi, Paris, comme les pays de la région, avait condamné avec la “plus grande fermeté” la mutinerie en cours. Avec l’arrestation d’IBK, elle voit tomber un de ses alliés, précise Anna Sylvestre-Treiner.
Mali : le renversement d’IBK doit faire réfléchir la France et ses alliés
sur leur politique au Sahel
Le coup d’État ne doit pas être analysé sous un prisme uniquement malo-malien. La « communauté internationale » et les alliés d’IBK – avec à leur tête la France – portent une grande responsabilité dans cette instabilité abyssale
Le président français Emmanuel Macron et le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian discutent avec le président malien Ibrahim Boubacar Keïta à l’intérieur d’un véhicule militaire alors qu’ils visitent les troupes de l’opération Barkhane, dans la région africaine du Sahel à Gao, dans le nord du Mali, le 19 mai 2017 (AFP)
Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a été arrêté mardi par des soldats qui venaient de prendre le contrôle du camp militaire de Kati, près de Bamako. Ce coup est l’aboutissement d’une crise déclenchée il y a plusieurs mois par le mécontentement de la population malienne et l’éclosion d’une contestation lancée par une coalition hétéroclite de chefs religieux, d’hommes politiques et de membres de la société civile connue sous le nom du « Mouvement du 5 juin » (M5-RFP), qui ne cessait de réclamer le départ d’IBK.
Cette « démission » d’IBK est somme toute la résultante de la politique catastrophique conduite par son gouvernement depuis son accession au pouvoir en 2013.
Malgré cela, IBK n’a jamais su – ou voulu – ni améliorer un tant soit peu le quotidien de ses compatriotes, ni régler les problèmes profonds tels que la situation économique désastreuse, aggravée ces derniers mois par la pandémie de COVID-19 qui gangrène le Mali.
À cela s’ajoute une situation sécuritaire nationale et régionale des plus explosives, à laquelle le pouvoir à Bamako n’a jamais fait face de manière adéquate et sincère.
La corruption, l’arrogance, la suffisance et le mépris pour leur population dont ont fait preuve IBK et ses acolytes complètent ce tableau désolant. Qui d’autre que le propre fils d’IBK, Karim Keïta, peut symboliser au mieux cette arrogance et ce train de vie luxueux ?
Ces dernières semaines, ce dernier a régulièrement fait la une de la presse nationale malienne. Des vidéos, où on le voit en compagnie de jolies demoiselles (occidentales) sur des yachts où champagne et alcool coulent à flot, ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Dans ce pays, l’un des plus pauvres de la planète, il n’en fallait pas moins pour que la situation, déjà explosive, dégénère.
Aussi, si l’accélération des événements au Mali ces derniers jours et la chute d’IBK ont pris tout le monde par surprise, les signes avant-coureurs étaient pourtant bien là, depuis des semaines voire des mois. En plus du mécontentement de la population, des mois de tensions entre la présidence et l’opposition hétéroclite laissaient présager un changement.
Le mois dernier, une manifestation de trois jours s’était soldée par la mort de plusieurs personnes.
C’est donc dans ce contexte explosif que, selon un communiqué, les FAMAs (Forces armées maliennes), tous corps réunis, « décidaient le 18 août d’intervenir en arrêtant le président IBK [afin] d’accompagner la révolution citoyenne et pacifique lancée par le M5-RFP ».
Il serait toutefois erroné d’analyser ces derniers événements à travers un prisme uniquement malo-malien. Car une nouvelle fois, la « communauté internationale » et les alliés d’IBK – avec à leur tête la France – portent une grande responsabilité dans cette instabilité abyssale, dangereuse pour non seulement le Mali, mais aussi les pays de la région.
À cet égard, l’aveuglement constant dont font preuve les autorités françaises et leurs alliés dans ce dossier est stupéfiant.
Cet aveuglement de la France se retrouve dans ce communiqué du 18 août du Quai d’Orsay quelques heures à peine avant la chute définitive du président malien, dans lequel elle condamne le coup de force, appelle « au maintien de l’ordre constitutionnel et exhorte les militaires à regagner sans délai leurs casernes ». « La France réaffirme avec force son plein attachement à la souveraineté et à la démocratie maliennes », est-il souligné.
Le communiqué de la diplomatie française, mais aussi des Nations unies et même de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) appelant au respect de l’ordre constitutionnel, n’est en soi qu’un langage diplomatique dû aux circonstances et il n’y a rien de nouveau.
Au contraire, le fait que Paris semble avoir été pris de court démontre non seulement son aveuglement mais sans doute, plus grave encore, l’incapacité de ses services sur place à jauger et analyser la situation de manière objective.
La colère des Maliens était récurrente depuis des mois, des années, mais plus encore, le coup d’État était dans l’air depuis plusieurs semaines déjà. Dès la mi-juillet, des informations sur un tel risque circulaient déjà sur les réseaux sociaux !
Politique de l’autruche
Cette politique de l’autruche est parfaitement résumé dans la récente tribune de l’ancien ambassadeur de France au Mali, Nicolas Normand, et publiée dans le quotidien français Le Monde.
Dans cette tribune qui ressemble plus à un communiqué du Quai d’Orsay qu’à une réelle analyse, Nicolas Normand s’interroge sur les remèdes apportés et la pertinence de l’accord d’Alger signé en 2015 entre Bamako et les groupes armés, feuille de route censée résoudre la profonde crise sécuritaire débutée en 2012 avec le soulèvement de groupes armés indépendantistes touarègues, puis djihadistes dans le nord du pays.
Selon lui, depuis 2015, « la situation n’a cessé d’empirer, l’insécurité s’étant même étendue à de nouveaux territoires ». Il pose même la question de savoir si ce n’est pas « l’accord lui-même qui pose problème ».
Pour cet ancien ambassadeur au Mali, « il devient de plus en plus évident que l’accord crée plus de problèmes qu’il n’en a réglés », favorisant même les groupes armés qui « bénéficient d’une impunité totale malgré leur rébellion et les exactions commises ».
Ce qu’il appelle un « syndicalisme de la kalachnikov » aurait ainsi encouragé les autres factions touarègues restées loyales à l’État malien et les communautés non touarègues à se venger, « en se faisant justice elles-mêmes ».
La solution à la crise malienne tiendrait selon lui à une « révision de l’accord signé en 2015 redonnant la primauté à l’État, en associant les diverses composantes de la nation malienne, sans pression extérieure d’acteurs bien intentionnés mais ignorant la complexité locale ».
En plus d’un aveuglement certain – voire même d’une complaisance –  face à la grande responsabilité d’IBK et de son gouvernement dans la crise que traverse le Mali, ce que le diplomate feint d’ignorer, le problème est que l’État dont il parle est inexistant depuis des années.
Par ailleurs, malgré ses années passées au Mali, et dans une pure logique jacobine française qui donne la primauté au centralisme politico-économique, le diplomate ignore les dynamiques socio-culturelles locales qui doivent être à la base d’un règlement politique malien.
Si un récent rapport du think tank International Crisis Group (ICG) souligne la responsabilité de toutes les parties dans la non-application de l’accord d’Alger, il insiste surtout sur le refus du gouvernement de Bamako, mais aussi des partis de l’opposition, d’appliquer certains points stipulés dans cet accord.
Exemple : l’organisation d’un référendum qui était censé se tenir à la fin de cette année afin de réviser la Constitution malienne et la rendre compatible avec l’application de l’accord, notamment par la création d’un sénat et d’assemblées régionales dont les présidents seraient élus au suffrage universel direct et donc plus représentatifs des électeurs.
La tribune de Nicolas Normand est aussi largement contredite par un rapport des Nations unies publié il y a quelques jours. Ce dernier pointe la responsabilité des autorités maliennes, la corruption et autres trafics au sein même du gouvernement, accusant ouvertement de hauts responsables maliens – dont l’ancien chef d’état-major de l’armée de terre, le général Keba Sangaré, et le général Moussa Diawara, à la tête du renseignement – d’entraver la paix et de « compromettre » l’application de l’accord de paix d’Alger, en dépit d’appels pressants de la communauté internationale pour résoudre la crise.
Le rapport onusien dénonce aussi les services de renseignement maliens, devenus selon eux « vecteurs » d’une « stratégie non officielle [des autorités] visant à entraver la mise en œuvre de l’accord », créant ainsi « méfiance » et « confusion » dans son application .
Un diplomate qui suit le dossier malien a commenté mardi soir le coup d’État, le qualifiant de « retour à la case départ ». Et c’est bel et bien ce à quoi nous assistons au Mali, un retour à la case départ. Mais un retour qui, contrairement au coup d’État contre Amadou Toumani Touré (ATT) en 2012, était prévisible.
Et tous les alliés, amis et parrains d’IBK en Europe et ailleurs, avec à leur tête Paris, qui portent à bout de bras la Mali afin d’éviter qu’il ne s’effondre, ne peuvent absolument pas dire qu’ils ne savaient pas.
La « démission » d’IBK ne règlera en rien les problèmes du Mali dans l’immédiat. Car au-delà de la personne et de son entourage politique, c’est tout un système national, mais aussi international, qui est en cause.
Risque d’embrasement
Cette déliquescence du Mali et de ses institutions ne peut être mieux résumée que par les propos du colonel major Ismaël Wague (porte-parole du Comité national pour le salut du peuple, CNSP), qui a pris part au coup d’État.
L’absence de réponses concrètes depuis des années, sinon ses communiqués pompeux, de l’Union africaine (UA), plus encline à répondre maladroitement aux offensives françaises telles que l’opération Barkhane, au G5 Sahel voire même à la Libye, qu’à mettre en place une réelle stratégie pour le Mali et le Sahel, est, elle aussi, symptomatique du mal qui ronge ce pays, cette région.
Mais de manière plus large, le renversement d’IBK doit faire réfléchir les autorités françaises et ses alliés sur leur politique dans la région depuis des décennies ainsi que sur la pertinence de la présence militaire de Barkhane.
Car ces derniers événements au Mali soulignent aussi la faillite géopolitique de la France au Mali et au Sahel de manière générale. Il est pourtant urgent pour Paris, qui « craint que cette crise ne débouche sur une période de vide politique », d’entendre les nombreuses voix maliennes qui ne cessent de crier qu’elles ne veulent plus d’interférence française dans la vie politique de leur pays.
À la suite de la démission d’IBK, et à travers leur communiqué lu devant la presse, les hommes du CNSP, responsables de la démission d’IBK, s’engagent à conduire le Mali « vers une transition civile et politique, respecter les accords internationaux, y compris l’accord avec les rebelles touarègues et les résolutions du dialogue national [qui] seront appliquées. Des élections crédibles et transparentes seront aussi organisées ».
Ces engagements, qui s’adressent avant tout à la « communauté internationale » afin de la rassurer, sont nécessaires. Mais au-delà des mots, ce dont le Mali et les pays du Sahel ont vraiment et urgemment besoin, c’est d’une réelle vision politico-économique.
Bien avant le coup d’État de 2012, le Mali était présenté comme un exemple de démocratie pour tous les pays de la région. Dure est la réalité. La situation catastrophique dans laquelle se retrouve la région aujourd’hui est aussi la résultante de cet aveuglement de la part des politiques occidentales et des nombreux analystes et « experts » qui ne savent pas ou refusent d’analyser ce pays comme il se doit.
Enfin, ce que ce dernier épisode indique aussi, c’est que cette crise polyforme et abyssale dans laquelle est plongé le Mali depuis des décennies maintenant risque d’embraser plus encore tous les pays de la région, du Sénégal au Tchad et au-delà.
Le récent assassinat de six Français au Niger, aux portes même de la capitale Niamey, est là pour nous rappeler que l’avenir et la stabilité de tous les pays du grand Sahel sont intimement liés.
Et seule une solution endogène, régionale et continentale pourrait atténuer, sinon mettre un terme, au mal qui ronge ces pays et leurs populations respectives, d’après Abdelkader Abderrahmane.

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