FRANCE – MUNICIPALES : A PARIS, UNE VICTOIRE SANS SURPRISE NI ÉCLAT POUR ANNE HIDALGO

Courrier tunisien – 29 Juin 2020 – 13:51 –
Photo : Anne Hidalgo, masquée, le 31 mai 2020 à Paris – AFP – ALAIN JOCARD
La maire sortante aurait été réélue avec entre 49 et 50,2% des voix exprimées dans la capitale, selon trois sondages. Une victoire franche, mais teintée par un manque d’engouement pour le deuxième tour (abstention record à 64,3%) et une relative absence de suspense.
La nouvelle n’a rien d’une surprise pour les Parisiens. Donnée grande gagnante par les sondages des dernières semaines, la maire sortante Anne Hidalgo s’est offert sa place à l’Hôtel de Ville en remportant entre 49 et 50,2% des voix exprimées à Paris au second tour. Elle arrive largement devant sa première concurrente Rachida Dati (LR), déjà réélue au premier tour en tant que maire du 7e arrondissement, récolterait entre 31,7 et 32,7%. Agnès Buzyn, candidate LREM à la campagne douloureuse, obtiendrait entre 13,7 et 16% des voix, selon les sondages Harri Interractive, Ispos-Sopra Steria et Elabe Berger-Levrault.
La liste PS-EELV obtiendrait ainsi entre 94 à 104 élus au conseil municipal, la liste Dati entre 49 à 58, et la liste LREM entre 6 et 12.
« Dans une triangulaire », ce score est « tout à fait exceptionnel. On est content », s’est réjoui Jean-Louis Missika, président de la plateforme Paris en Commun, qui rassemble socialistes, écologistes, communistes ou membres de Génération.s. « Cela veut dire que la confiance des Parisiens qui était manifeste au premier tour s’est confirmée et amplifiée ». Le PS conserve la capitale après 19 ans de règne: 13 ans de mandat de Bertrand Delanoë puis six de la maire sortante, son héritière et ancienne première adjointe Anne Hidalgo.
Certes, c’est une victoire pour une édile très contestée pendant son mandat, critiquée pour la piétonnisation des quais de Seine, l’arrêt brutal du service d’autopartage Autolib, le fiasco de la nouvelle version de Vélib’ ou l’annulation par la justice d’un marché publicitaire de la Ville avec JCDecaux.
Toutefois, ce succès est entaché par un taux d’abstention de 64,3% sans précédent, battant de 22 points le dernier record établi par le premier tour du 15 mars 2020 (42,3% d’abstention à Paris). Une victoire légèrement ironique, car Anne Hidalgo serait réélue avec moins de voix qu’en 2014, où elle avait récupéré 53,3% des suffrages exprimés.
Programme vert
La baronne du PS a bénéficié du report de voix des nombreuses listes de gauche, particulièrement dans l’est parisien, ainsi que de son alliance avec l’écologiste David Belliard, qui avait appartenu à sa majorité tout au long de la gouvernance de la maire.
Mais la maire de Paris a également séduit en endossant un programme résolument écologiste : elle a contenu ses partenaires d’EELV au premier tour, puis obtenu leur ralliement. Suppression de 60.000 places de parking ; plantation de 170.000 arbres et de cinq « forets urbaines » en six ans sur le Champ de Mars, à la Chapelle Charbon, Bercy Charenton et l’actuel héliport du 15e arrondissement ; création d’une coopérative « Agri Paris » pour favoriser l’approvisionnement en circuit court et le 100% bio dans toutes les cantinesdéveloppement d’artères cyclables pour que Paris soit « 100% vélo »… Un engagement qui a porté ses fruits, alors que Paris redécouvre la petite reine à l’ère du déconfinement grâce aux « coronapistes », ces pistes cyclables développées à la hâte par la Ville en guise d’alternative aux transports en commun et à la voiture individuelle. Plus largement, l’épidémie de coronavirus a également suscité une prise de conscience chez les Parisiens, premiers à se rendre compte qu’une ville plus silencieuse, moins sale, plus verte, était possible.
Covid-19 et absence d’engouement
Mais ce qui a porté la candidate PS, c’est aussi la lassitude des Parisiens face à cette élection locale d’une durée inédite (plus de 3 mois entre les deux tours). La peur de la contagion de l’épidémie de Covid-19, qui avait déjà découragé  beaucoup d’électeurs à se rendre aux urnes, comme l’indiquait un sondage Ifop-Fiducial effectué le 15 mars, aurait également écarté une partie de l’électorat, jeune comme plus âgé, des bureaux de vote.
La victoire déjà presque annoncée de la maire sortante, en tête dans les sondages depuis plusieurs semaines, n’a pas incité les électeurs à contrer un destin qui paraissait déjà écrit. Car, les Français sont traditionnellement moins nombreux à voter au deuxième tour qu’au premier, où les jeux ne sont pas encore faits, note le politologue Martial Foucault. Une habitude qui n’aura pas manqué de créer la surprise dans de nombreuses villes de France, comme à Lille, Nancy ou Strasbourg, mais qui conforte la maire parisienne dans sa position.
Campagne désastreuse de LREM
Elle profite aussi de la campagne désastreuse des candidats de la majorité : la dissidence de Cédric Villani, l’explosion en vol de la campagne de Benjamin Griveaux après la diffusion de vidéos intimes, puis les maladresses et les hésitations de sa remplaçante, l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, fragilisée par ses propos explosifs sur la « mascarade » du premier tour, sur fond d’épidémie de coronavirus.
Quant à la candidate LR, elle a mené une campagne énergique sur son propre terrain après un départ tardif, se faisant réélire au premier tour dans son fief du 7ème arrondissement. Mais elle aura manqué de réserve de voix tout au long de cette campagne inédite.
Paris part pour six années sous la bannière « Paris en commun », qui deviendra une « structure politique pérenne ». Son actuel président, Jean-Louis Missika, aura pour mission de créer une « fédération » avec les listes citoyennes en passe de gagner dans plusieurs grandes villes. Avec notamment pour mission de « préparer les prochaines échéances électorales »… Anne Hidalgo, candidate aux présidentielles en 2024 ?
Par Esther Attias 

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