LES RÉPERCUSSIONS DU CONFLIT SYRIEN DANS LA RÉGION DU MACHREK

Courrier tunisien – 20 Juin 2020 – 13:47
Photo : un véhicule traverse le poste frontière de Jaber entre la Jordanie et la Syrie (point de passage du Nassib du côté syrien) le jour de sa réouverture, le 15 octobre 2018. © Khalil Mazraawi, AFP archives
Hausse des taux de pauvreté, alourdissement de la dette publique, réduction de l’accès aux services publics déjà exsangues… Un nouveau rapport de la Banque mondiale se penche sur les redoutables retombées socio-économiques du conflit syrien sur les pays voisins comme l’Irak, le Liban et la Jordanie.  
Si la première victime des dix ans de guerre en Syrie est la population syrienne, avec plus de 380 000 morts depuis 2011 et des millions de réfugiés et déplacés, un rapport en anglais de la Banque mondiale, publié le 18 juin, se penche sur les répercussions qui ont impacté et fragilisé les pays voisins, eux-mêmes déjà exposés à une instabilité régionale et une insécurité économique chroniques préexistantes.
« L’impact économique global du conflit syrien sur l’Irak, la Jordanie et le Liban a été disproportionnellement élevé en comparaison avec d’autres situations similaires dans le monde, au cours des dernières décennies », indique Saroj Kumar Jha, directeur régional de la Banque mondiale pour le Machrek (l’Orient arabe).
Des voisins « à la merci des chocs économiques »
D’après le rapport, en plus d’avoir alourdi la dette publique des pays voisins dont les économies sont interconnectées, le conflit syrien a provoqué à lui seul, au cours de la dernière décennie, une baisse annuelle de la croissance économique de 1,2 point de pourcentage en Irak, de 1,6 point en Jordanie et de 1,7 point au Liban.
Il est également à l’origine d’une hausse des taux de pauvreté de 7,1 points de pourcentage au Liban, 6 points en Irak, et 3,9 points en Jordanie, et de la détérioration des marchés du travail, particulièrement pour les jeunes et les femmes.
« En raison de la faiblesse des filets de protection sociale, les Irakiens, les Jordaniens et les Libanais restent en grande partie à la merci des chocs économiques », estime la Banque mondiale, et ce dans un contexte géopolitique régional complexe.
Le rapport, qui sera officiellement présenté le 24 juin, dans le cadre de la IVe Conférence de Bruxelles sur le soutien de l’avenir de la Syrie et de la région, organisée du 29 au 30 juin, rappelle également que le conflit et la répression menée par le régime de Damas ont provoqué la plus grave crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale.
Au plus fort de cette crise, le nombre de réfugiés représentait plus du quart de la population locale en Jordanie, au Liban et dans la région irakienne du Kurdistan, « soit la plus forte concentration de réfugiés au monde ».
Les chiffres officiels de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), indiquent que la Jordanie accueille actuellement 656 000 réfugiés enregistrés sur son territoire, tandis que le Liban abrite 910 000 réfugiés syriens. Le pays du Cèdre est le pays au monde qui accueille le plus de réfugiés par habitant.
Si « le choc démographique » provoqué par l’afflux de réfugiés a stimulé le PIB de 0,9 point en Jordanie et au Liban, notamment par la hausse de l’offre et de la demande globale du travail, il a également pesé sur l’offre des services publics en congestionnant les secteurs de la santé, des transports et de l’énergie.
« Les communautés d’accueil comme les réfugiés souffrent des insuffisances des services publics qui les poussent souvent à s’en remettre à des solutions de rechange à court terme”, ajoute la Banque mondiale. Des solutions, notamment en matière d’alimentation en électricité et en eau, « qui mettent leur santé en danger, en plus de coûter jusqu’à trois fois plus cher que l’utilisation des réseaux d’adduction d’eau et d’électricité”.
Une stratégie à moyen terme pour sortir de la criseJe m’abonne
Mais le rapport, qui repose « sur un éventail de sources de données, de techniques statistiques et de modèles économiques » selon son principal auteur, l’économiste Harun Onder, ne se contente pas de présenter une situation alarmante et estime possible de remédier aux retombées de la crise syrienne.
Le rapport plaide en faveur de réformes profondes et d’une stratégie à moyen terme, appuyée par la communauté internationale, pour corriger les problèmes structurels et contrer les effets négatifs du conflit syrien. Une stratégie qui exige le renforcement des filets de protection sociale, qui passe par des investissements et l’amélioration de l’accès de l’ensemble des habitants aux services publics.
« La communauté internationale peut ainsi promouvoir la stabilité et la prospérité du Machrek, et cette action sera d’autant plus efficace qu’elle repose sur une stratégie axée non pas tant sur des remèdes court-termistes que sur une perspective à moyen terme, combinée à une approche régionale promouvant les liens transfrontaliers et une action coordonnée par-delà les frontières », explique Saroj Kumar Jha.
Une approche qui nécessite « un effort concerté » et un « engagement supranational » en faveur de la stabilité et de la prospérité de la région, difficile à imaginer dans un contexte de ralentissement économique mondial, marqué par l’effondrement des cours du pétrole et les conséquences à venir de la pandémie de Covid-19 qui risque d’aggraver la situation.
Toutefois, la Banque mondiale prévient que « l’alternative n’est dans l’intérêt de personne ».
Par Marc DAOU

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