L’OMS COINCÉE ENTRE LA CHINE ET DONALD TRUMP

Courrier tunisien – 20 Avril 2020 –
Photo: le siège de l’OMS à Genève
Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il mettait fin au financement américain de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) parce que celle-ci avait « manqué à son devoir fondamental » dans sa réponse à l’épidémie de coronavirus.
Mais qu’est-ce que l’OMS et quelle est sa mission?
Un flot de couleurs accueille toute personne entrant dans le siège de l’OMS à Genève, où les 194 drapeaux des États membres de l’organisation sont suspendus au plafond tandis que – au moins les beaux jours – des faisceaux de lumière inondent le grand atrium.
C’est là que se coordonne la réponse mondiale à ce que le secrétaire général de l’ONU décrit comme « la plus grande épreuve pour le monde depuis la Seconde Guerre mondiale ».
L’agence des Nations unies a été fondée en 1948 et se décrit comme le « gardien mondial de la santé publique ».
Son objectif déclaré est d’assurer « le niveau de santé le plus élevé possible pour tous les peuples ».
C’est un travail important.
Au cours des 11 dernières années, elle a supervisé la réponse mondiale à six urgences sanitaires internationales, dont l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, l’épidémie de Zika en 2016 et – actuellement – la pandémie de Covid-19.
Aussi, Elle
  • décide du moment où il faut tirer la « sonnette d’alarme » en cas d’épidémie
  • met en place des plans de recherche et de développement à l’échelle mondiale visant à accélérer la mise au point de nouveaux traitements et vaccins
  • envoie des experts dans les épicentres de la maladie afin de recueillir des données sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas
L’OMS est également responsable d’un large éventail d’autres questions de santé, notamment
  • la lutte contre les épidémies mondiales d’obésité et de diabète
  • la réduction du nombre de décès sur les routes
  • l’éradication des maladies évitables par la vaccination, comme la polio
  • la réduction de la mortalité maternelle et infantile
Mais – et c’est un gros mais – l’OMS est un organisme de conseil uniquement. Elle peut faire des recommandations aux pays sur ce qu’il faut faire pour améliorer la santé de leurs citoyens et prévenir l’apparition de maladies, il faut donc noter qu’elle ne peut pas les obliger à appliquer ces recommandations.
L’OMS a-t-elle mal géré cette pandémie ?
Cela dépend de qui repond à la question.
Si vous demandez à Donald Trump, la réponse est un oui retentissant.
Mais M. Trump lui-même est confronté à des critiques acerbes sur la façon dont il gère l’épidémie aux États-Unis – qui compte maintenant plus de 600 000 cas et 26 000 décès.
Il mène également une guerre commerciale voire géopolitique contre la Chine, qui précède de loin le Covid-19.
Cependant, le dirigeant américain n’est certainement pas le premier à critiquer l’OMS pour ses éloges sur la réponse de la Chine à l’épidémie qui s’est poursuivie même si d’autres – y compris des médecins chinois- ont décrit comment ils ont été réduits au silence par les autorités lorsqu’ils ont fait part de leurs premières inquiétudes sur le virus aux premières heures de l’épidémie..
Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a déclaré à plusieurs reprises qu’il s’en tenait à ses éloges à l’égard de la Chine.
Il affirme que la réaction de Pékin a contribué à ralentir la propagation du virus au niveau international, en permettant aux autres pays de gagner du temps pour se préparer à ce qui allait arriver.
Et il souligne, avec de nombreux autres scientifiques, que la Chine a volontairement partagé le code génétique du virus très rapidement, ce qui a permis aux pays de commencer à faire des tests de diagnostic et à travailler sur des vaccins, souligne BBC.
Ce que la suspension du financement de l’OMS par Donald Trump  signifie pour le monde

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. Salvatore di Nolfi/EPA
Le président Donald Trump a annoncé que les États-Unis suspendaient leur contribution au financement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – une décision qui aura des implications majeures pour la réponse internationale à la pandémie de coronavirus.
Les États-Unis contribuent à l’OMS à hauteur de plus de 400 millions de dollars par an, bien qu’ils aient déjà 200 millions de dollars d’arriérés. Ils sont le premier donateur de l’organisation et leur contribution annuelle est environ dix fois supérieure à celle de la Chine.
Trump a accusé l’organisation d’avoir mal géré et dissimulé la propagation initiale de Covid-19 en Chine, et de ne pas avoir adopté une position plus dure envers Pékin.
Quel effet sa décision aura-t-elle sur l’organisation ?
Qui sont les membres de l’OMS ?
L’OMS a été créée en 1948 pour servir d’autorité directrice et coordinatrice en matière de santé internationale. Elle a pour mandat d’améliorer la santé de la population mondiale, et définit la santé comme
« un état de complet bien-être physique, mental et social, et pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité ».
Si diverses organisations de la société civile, des entreprises et des organisations religieuses peuvent assister aux réunions de l’OMS, seuls les pays peuvent en devenir membres. Chaque année, en mai, les États membres assistent à l’Assemblée mondiale de la santé à Genève qui définit les orientations politiques de l’OMS, approuve le budget et examine le travail accompli par l’organisation.
Actuellement, l’OMS compte 194 États membres, soit un de plus que les Nations unies.
Comment l’OMS est-elle financée ?
L’OMS reçoit la majorité de son financement de deux sources principales. La première est constituée par les cotisations des pays, que l’on appelle « contributions obligatoires ».
Ces cotisations sont calculées sur la base du produit intérieur brut et de la taille de la population, mais elles n’ont pas augmenté en termes réels depuis le gel du niveau des paiements dans les années 1980.
La deuxième source de financement est constituée par les contributions volontaires. Celles-ci, qui proviennent des gouvernements, des organisations philanthropiques et des dons privés, sont généralement affectées à des projets ou initiatives spécifiques, ce qui signifie que l’OMS a moins de possibilités de les réaffecter en cas d’urgence, comme lors de la pandémie de Covid-19.
Des pays ont-ils déjà retiré leur financement par le passé ?
En plus de 70 ans d’activité, un certain nombre de pays n’ont pas payé leurs cotisations à temps.
À un moment donné, l’ex-Union soviétique a annoncé qu’elle se retirait de l’OMS et refusé de payer ses cotisations pendant plusieurs années. Lorsqu’elle a ensuite réintégré l’OMS en 1955, elle a demandé une réduction de ses arriérés de cotisation. Cette demande a été acceptée.
En raison du non-paiement des cotisations, l’OMS s’est retrouvée à plusieurs reprises au bord de la faillite. Heureusement, les gouvernements ont généralement agi de manière responsable et ont fini par verser leurs cotisations en retard.
L’OMS a-t-elle déjà fait l’objet de critiques politiques ?
Oui. En 2009, l’OMS a été accusée d’avoir agi trop précipitamment en déclarant que la grippe porcine était une pandémie ; l’organisation a notamment été soupçonnée d’avoir pris cette décision sous la pression des laboratoires pharmaceutiques.
Cinq ans plus tard, l’organisation a été accusée d’avoir agi trop tardivement en déclarant que l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest était une urgence de santé publique.
Trump a reproché à l’OMS de ne pas avoir envoyé ses experts assez rapidement pour évaluer les efforts de la Chine en matière d’endiguement du Covid-19 et de ne pas avoir dénoncé le manque de transparence de Pékin dans sa gestion de la phase initiale de la crise.
Mais ces critiques ne tiennent pas compte de la souveraineté de la Chine. L’OMS n’a pas le pouvoir de forcer les États membres à laisser une équipe d’experts de l’OMS entrer sur leur territoire pour y effectuer une évaluation. Pour qu’une telle intervention soit possible, il faut nécessairement que le pays concerné demande l’assistance de l’OMS.
L’organisation n’a pas non plus le pouvoir de forcer un pays à partager des informations. Elle ne peut que le demander.
En outre, les commentaires de M. Trump ignorent également le fait que l’OMS a finalement envoyé en Chine une équipe d’experts pour mener une évaluation à la mi-février, une fois l’accord des autorités chinoises obtenu. Les résultats de cette enquête ont fourni des informations importantes sur le virus et les efforts déployés par la Chine pour enrayer sa propagation.
Par Adam Kamradt-Scott
Trump affiche depuis longtemps son mépris à l’égard des organisations multilatérales. Stefani Reynolds/EPA
La Chine a-t-elle une influence croissante sur l’OMS ?
On comprend que la Chine ait gagné en puissance et en influence économique depuis 2003, date à laquelle la directrice générale de l’époque, Gro Harlem Brundtland, lui a publiquement reproché d’avoir tenté de dissimuler la propagation du virus du SARS.
La Chine a également été critiquée pour avoir bloqué la candidature de Taiwan à l’organisation. Taïwan a eu l’une des réactions les plus efficaces à la crise Covid-19.
Mais, au bout du compte, la Chine n’est que l’un des 194 États membres de l’OMS. Et il est assez ironique de constater que Donald Trump reproche à cette dernière d’être trop dépendante à l’égard de Pékin alors que, pendant des décennies, bon nombre de ses États membres ont affirmé qu’elle était… trop fortement influencée par les États-Unis.
Que se passera-t-il si les États-Unis coupent leur financement ?
Si elle est effectivement mise en œuvre, la mesure annoncée par Donald Trump pourrait entraîner la faillite de l’OMS au moment où une pandémie mondiale bat son plein. Cela pourrait signifier que l’OMS devra licencier du personnel, alors même qu’elle essaie d’aider des pays à faible et moyen revenu à sauver des vies.
L’OMS sera également moins à même de coordonner les efforts internationaux sur des questions telles que la recherche de vaccins, l’achat d’équipements de protection individuelle pour les travailleurs du secteur de la santé et la fourniture d’une assistance technique et d’experts pour aider les pays à lutter contre la pandémie.
Plus généralement, si les États-Unis étendent ces réductions de financement à d’autres initiatives mondiales en matière de santé coordonnées par l’OMS, il est probable que les habitants des pays à faible revenu perdront l’accès aux médicaments et aux services de santé essentiels. Des vies seront perdues.
Il y aura également un coût pour les intérêts stratégiques à long terme des États-Unis.
Pendant des décennies, le monde entier a attendu des États-Unis qu’ils jouent un rôle de premier plan dans les questions de santé mondiale. En cherchant à se défausser sur d’autres de l’incapacité de son administration à préparer les États-Unis à l’arrivée du Covid-19, Donald Trump a envoyé un signal clair : les États-Unis ne sont plus prêts à assumer ce rôle de leader.
Et une chose est sûre : si la nature abhorre le vide, la politique l’abhorre encore plus.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*