C’EST AINSI QUE SE TERMINE LE RÊVE EUROPÉEN. ET ILS NE S’EN RENDENT PAS COMPTE

Courrier tunisien – 29 Mars 2020 – 21:27 –
Ce soir je laisse la parole à Lorenzo Consoli, mon collègue italien de l’agence , il est, d’une certaine façon, beaucoup plus concerné que moi pour parler de la situation actuelle. Son message vaut d’être lu, et entendu

Photo: Lorenzo Consoli 
Reviens Juncker ils sont devenus fous ! (1)
Il est dix heures du soir, samedi 28 mars, le jour où, en Italie, les 10.000 décès dus au coronavirus ont été surmontés. L’Espagne, malheureusement, arrivera bientôt. La France craint d’avoir pris le même virage.
L’État dépense beaucoup dans ces pays, et en déficit, pour sauver le plus de vies possibles, avec une thérapie intensive pour les patients les plus graves et avec un confinement pour arrêter la contagion.
Si la solidarité européenne était plus qu’un mot vide et hypocrite, il serait normal que les pays de l’Union européenne financièrement plus forts acceptent l’idée que la dette publique générée par la réponse à la pandémie soit émise en commun, avec des garanties communes, aux mêmes intérêts pour tous. Les euro-obligations. Comme si l’Espagne, pour l’Allemagne, était ce que la Lombardie est pour l’Italie, une partie d’une grande nation, la nation européenne.
Mais ce n’est pas le cas. La nation européenne n’existe pas. La solidarité européenne est un mot vide et hypocrite. [Les premiers ministres allemand et néerlandais] Angela Merkel et Mark Rutte ne regardent pas l’Europe, ils ne regardent que les Allemands et les Néerlandais. Ils savent que s’ils acceptent les euro-obligations, le lendemain une crise gouvernementale s’ouvrira pour eux.
Dans tout cela, l’Allemande Ursula von der Leyen, qui est censée représenter l’intérêt général des citoyens européens, même si elle contraste avec les opinions et les dogmes idéologiques des Allemands, a finalement prononcé le mot tabou – Eurobonds – pour dire que « ce n’est qu’un slogan », que « ce n’est pas le plan », que l’UE « n’y travaille pas » et que « les réserves de l’Allemagne et d’autres pays sont justifiées ».
Le vieux Jacques Delors a tiré la sonnette d’alarme : nous sommes confrontés à un danger mortel pour l’Europe. Cette Europe qu’il a construite plus que toute autre après les pères fondateurs. Von der Leyen regarde ailleurs, chaque jour elle enregistre de magnifiques messages vidéo en trois langues écrits par son fantôme. Mais ce qui compte, ce sont les ordres qu’il reçoit de Berlin.
C’est ainsi que se termine le rêve européen. Et ils ne s’en rendent même pas compte.
(Lorenzo Consoli)
Je précise que Lorenzo fait partie des plus anciens journalistes de Bruxelles, qui sont à la fois expérimentés, talentueux et pondérés. Correspondant pour Askanews, son sens européen, il le possède jusqu’au bout des ongles. Trouver quelqu’un de plus pro-européen que lui dans la salle de presse est difficile. Son message doit donc être entendu, et non méprisé. Trop souvent, je vois quelques commentaires, sur les réseaux sociaux, parfois désobligeants, parfois mal informés, de militants pro-européens qui n’ont d’égal dans leur refus de voir la réalité, et de toute critique, que les apôtres des régimes totalitaires. Et je sais de quoi je parle… Aujourd’hui, il faut écouter la souffrance de ceux qui ont mal à l’Europe. Ce n’est pas cette Europe que nous avons rêvée, vécue et accompagnée, jusqu’ici. On est face à un monstre froid, impavide, selon bruxelles2 (Nicolas Gros-Verheyde).
(1) Traduit de l’italien par nos soins (texte original ici). L’expression ‘Aridatece Juncker’ est difficilement traduisible. La terminologie ‘Aridatece’ a été utilisé dans l’Italie post-fasciste d’après guerre quand la déception s’est emparée dans la population face à l’impéritie des politiques au pouvoir.

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