LES FORCES BLINDÉES DANS LE MAGHREB

Le Maghreb, dans l’espace le plus large au-delà du « noyau » que représentent le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, constitue une zone où les choix et besoins militaires varient grandement. Ainsi, en premier lieu, le djihadisme, avec toutes les méthodes de combat (classiques, guérilla, terroguérilla, terrorisme) auxquelles recourent ceux qui s’en réclament, s’est imposé en danger commun pour tous les pays de cette région. Les réponses à apporter s’inscrivent dans une logique d’approche globale qui inclut des aspects militaires. En second lieu, il existe des menaces autres que le djihadisme et une perception de leur intensité qui font que les enjeux militaires ne sont pas homogènes dans l’espace en question. Cette multiformité se traduit tout particulièrement dans le domaine des forces blindées.

L’Algérie

Il est aujourd’hui peu probable de voir éclater une guerre entre l’Algérie et le Maroc. Ce d’autant moins qu’en dépit de sempiternels obstacles à propos du Sahara occidental et d’une mauvaise foi résiliente de l’ensemble des protagonistes du dossier, la préférence politique domine malgré tout. Cependant, les deux pays considèrent toujours – et ce, pour longtemps encore – l’idée d’un conflit de haute intensité qui verrait leur aviation, leur marine et leur armée de terre respectives s’affronter dans une lutte en principe aussi brève que violente. Au sol, les blindés seraient particulièrement sollicités. Par ailleurs, et même si le scénario est là aussi peu probable, Alger prend en compte le risque d’une intervention occidentale si un jour le pays sombrait dans un chaos sécuritaire. Les opérations menées contre la Libye ou celles contre la Syrie sont scrutées. Nonobstant la rhétorique diplomatique de paix, l’OTAN n’est pas naturellement perçue comme « amie » de l’Algérie militaire. En conséquence, Rabat, et plus encore Alger, conserve un ordre de bataille et des moyens blindés en adéquation avec ces menaces.

L’Algérie dispose de deux divisions blindées et deux divisions d’infanterie mécanisée, organisées dans les grandes lignes sur la base des divisions ex-soviétiques du même type. Elle dispose aussi d’une brigade blindée et de trois brigades d’infanterie mécanisée indépendantes. L’ensemble représente un volume de chars important.

Le Maroc

De l’autre côté de la frontière, le Maroc n’est pas en reste. Ses forces blindées se composent d’au moins une brigade blindée, de treize groupes d’escadrons blindés, équivalents de bataillons de chars, ainsi que, peut-être, d’un bataillon de chars indépendant. Le royaume chérifien aligne aussi trois brigades d’infanterie mécanisée ainsi que huit régiments d’infanterie mécanisée.

La Tunisie

À côté des deux « géants » que sont le Maroc et l’Algérie dans une logique de méfiance réciproque, la Tunisie n’a pas les mêmes besoins. Ils se cristallisent autour des réponses à donner aux méthodes de combat classiques, de guérilla et de terroguérilla des djihadistes. Accessoires emblématiques de la terroguérilla, les Engins Explosifs Improvisés (EEI) justifient un investissement prononcé de la Tunisie dans l’acquisition de nombreux blindés MRAP.

Après l’achat de BMC Kirpi, de Nurol Edjer Yalçin entrés en service à partir de 2017, la Turquie a également vendu des blindés légers Otokar Cobra et Cobra 2, notamment destinés à la reconnaissance. Les Forces Spéciales  alignent quant à elle des Sherpa Light Scout. La Garde nationale et la police ont de leur côté reçu des Streit Typhoon, également de type MRAP. En 2016, l’idée de Marder 1A3 a été évoquée, parallèlement aux Marder destinés à la Jordanie. Cependant, en 2018, aucun élément officiel n’est venu confirmer l’information. Le pays conserve donc ses  M‑113A1 et M‑113A2 en plus des Fiat 6614. Tunis dispose aussi de M‑60A3 et M‑60A1 ainsi que de SK105 et  AML‑90.

Les Chars M‑60, blindés M‑113, etc. conservent une relative pertinence contre d’éventuelles infiltrations djihadistes depuis la Libye, à l’image de celle survenue à Ben Guerdane le 7 mars 2016. Cependant, les Tunisiens préfèrent engager les éléments dotés de MRAP divers, plus adaptés face aux méthodes de guérilla/terroguérilla. Cet intérêt croissant porté aux MRAP en Afrique depuis le courant des années 2000 s’inscrit dans une tendance que constate notamment Defense IQ dans son rapport annuel sur les blindés. Dans l’édition 2018, 94 % des acteurs africains dans le domaine estiment que les EEI représentent la plus grande menace pour les blindés (pour une moyenne mondiale de 80 % et seulement 71 % en Europe).

La Mauritanie

Le parc blindé mauritanien est ancien, avec des Eland Mk7 et des T‑55. Faute d’une grande mobilité stratégique, ces derniers n’ont qu’une valeur très réduite contre les djihadistes et les trafiquants qui privilégient la mobilité stratégique et tactique grâce aux pick-up qu’ils utilisent. Nouakchott préfère donc utiliser des éléments motorisés, à commencer par les groupements spéciaux d’intervention qui opèrent quasi de la même façon que les katibas djihadistes, avec une grande autonomie. Les pick-up sont plus adaptés à ces missions. D’une part, ils peuvent recevoir toute une panoplie d’armes, comme des mitrailleuses légères, d’autre part, ils sont aisés à maintenir en condition opérationnelle même dans des conditions difficiles. Enfin, ils permettent d’emporter vivres, eau, munitions et carburant.

La Libye

L’arsenal blindé libyen se compose de quelques véhicules rescapés de l’ère Kadhafi et d’autres acquis immédiatement après la chute du régime. Les véhicules légers non blindés mais armés constituent néanmoins l’essentiel du parc « véhicules de combat » des différents protagonistes. La livraison de lots de nouveaux blindés, à l’image de ce qui se fait pour l’aviation, n’est pas à exclure au cours des prochaines années. Ainsi, entre deux guerres internes aux ramifications complexes, la Libye du camp Haftar a bénéficié de la livraison de nombreux blindés en provenance des Émirats arabes unis, soit 93 Panthera T6 et Tygra, et 549 autres véhicules, dont certains blindés (Nimr 2). Dans tous les cas, la création d’une arme blindée digne de ce nom au sein d’une véritable armée nationale n’est pas à prévoir dans un avenir proche.

24 janvier 2019

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