SAHEL : LA FRANCE VEUT RESSERRER LES RANGS DANS LA GUERRE

Courrier tunisien – 14 Janvier 2020 – 10:13 –
Image mise en avant : le chef de l’état français hier après-midi, à Pau, lors d’un table ronde avec ses homologues des pays de la bande sahélienne./ Photo DDM   
Sur une seule ligne et avançant d’un même pas. C’est l’image qu’aura voulu d’emblée donner le sommet de Pau, hier, lorsque les six chefs d’État sont allés déposer chacun une gerbe à la mémoire des sept militaires du 5e Régiment d’hélicoptères de combat, morts le 25 novembre dernier au Mali lors d’une opération de nuit ayant fait treize victimes au total.
C’est aussi l’objet symbolique de ce rendez-vous, où Emmanuel Macron voulait d’abord « clarifier ». Clarifier les attentes des partenaires de la France au sein du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina-Faso, Tchad et Mauritanie) de façon à clarifier aussi l’engagement français. Bref, il s’agit pour le chef de l’état de « relégitimer » la présence des 4 500 militaires français déployés dans l’opération Barkhane sur un territoire vaste comme l’Europe. Un territoire de plus en plus mouvant et où la situation sécuritaire se dégrade avec la multiplication d’attentats et attaques jihadistes, ces derniers mois, dans la zone des trois frontières entre Mali, Niger et Burkina-Faso.  L’ONU compte plus de 4 000 morts en 2019, victimes des jihadistes dans ces seuls trois pays …

Passer à une étape supérieure
Illustration de cette urgence à traiter le dossier ? Le président nigérien arrivé hier après-midi au sommet de Pau avait assisté le matin même à une cérémonie funèbre, chez lui, pour honorer la mémoire de 89 soldats tués jeudi dernier à Chinégodar lors d’un assaut revendiqué par l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Déjà en décembre, le sommet avait été reporté suite à l’attaque d’Inates, au Niger, revendiqué par le même groupe terroriste.
Alors ce lundi, le seul sourire au château de Pau aura été celui de la statue du « Bon Roi Henri » tandis qu’Emmanuel Macron et les présidents du Burkina-Faso Roch Marc Christian Kaboré, du Mali Ibrahim Boubacar Keïta, du Niger, Mahamadou Issoufou, du Tchad, Idriss Deby et de Mauritanie Mohamed Ould Ghazouani, présentaient leurs principaux engagements et décisions après trois heures de réunion.
L’unité dans la lutte antiterroriste a ainsi été officiellement réaffirmée comme la volonté « de passer à une étape supérieure dans la conduite de nos actions », a commencé le président Kaboré, à la tête d’un G5S dont les chefs d’État ont « exprimé le souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel et plaidé pour un renforcement de la présence internationale à leurs côtés ». Ils ont aussi exprimé « leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les Etats-Unis et le souhait de sa continuité », alors que Washington envisage là aussi son retrait.
Et sur le terrain ? « Nous changeons la méthode », a résumé Emmanuel Macron. L’action sera ainsi immédiatement concentrée sur « le fuseau centre », dans la région des trois frontières « sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel, en ciblant en priorité l’EIGS ». « J’ai décidé d’engager une capacité de combat supplémentaire de 220 militaires », a précisé le chef de l’Etat en rappelant que « tous les partenaires », « européens », « internationaux » étaient « les bienvenus ».
Au-delà de l’initiative franco-allemande du partenariat pour la stabilité et la sécurité au Sahel (P3S), c’est aussi le futur groupement des Forces spéciales européennes à travers la Task Force Takuba qui sera engagé en 2020, mais aussi un accompagnement du G5S par l’Union africaine et la Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). L’ONU (13 000 militaires au sein d’une Minusma) devrait aussi être renforcée sur le pont, en témoigne la présence à Pau de son Secrétaire général Antonio Guterres.
Cette action militaire visera à restaurer partout la souveraineté des Etats, mais, comme l’ont rappelé tous les acteurs, hier, elle devra aussi être doublée d’un important volet développement afin de convaincre les populations.
« Nous n’avons pas le choix. Il nous faut des résultats probants rapidement. La crédibilité de chaque pays ici présent en dépend » a résumé le président burkinabé. « Maintenant les résultats doivent arriver », a conclu le président français.

Macron dénonce des « puissances étrangères »
Interrogé sur la défiance croissante des populations à l’égard des troupes françaises, Emmanuel Macron a fait une sortie remarquée, hier : « Les discours que j’ai pu entendre ces dernières semaines sont indignes […] parce qu’ils servent d’autres intérêts, soit ceux des groupements terroristes […], soit ceux d’autres puissances étrangères qui veulent simplement voir les Européens plus loin, parce qu’elles ont leur propre agenda, un agenda de mercenaires », a dénoncé le président français, répétant que « l’armée française » était au Sahel « pour la sécurité et la stabilité », pas pour « d’autres intérêts ». « J’entends beaucoup de gens qui disent tout et n’importe quoi. Demandez-vous par qui ils sont payés, demandez-vous quels intérêts ils servent. Moi j’ai mon idée », a-t-il insisté. Et de marteler « Que ces gens-là disent qui se fait tuer pour leurs enfants ! Moi je sais qui est tombé pour la sécurité des Maliennes et des Maliens, des Nigériens et des Burkinabè : des soldats français », selon La Dépêche.

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