BÉBÉS GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS : LE CHERCHEUR CHINOIS CONDAMNÉ A TROIS ANS DE PRISON

Courrier tunisien – 30 Décembre 2019 – 15:43 –
Image mise en avant: le chercheur chinois He Jiankui, le 18 juillet 2017. China Stringer Network, Reuters
Le Chinois He Jiankui avait annoncé en novembre 2018 être parvenu à mettre au monde des jumelles à l’ADN modifié pour les rendre résistantes au virus du sida dont était infecté leur père. Il a été condamné lundi à trois ans de prison et une amende de 3 millions de yuans (384 000 euros).
Le « père » chinois des bébés génétiquement modifiés a été condamné, lundi 30 décembre, à trois ans de prison par le tribunal du district de Nanshan à Shenzhen, ville où il a effectué ses travaux. La justice lui reproche d' »avoir illégalement procédé à la manipulation génétique d’embryons à des fins de reproduction », a annoncé l’agence Chine nouvelle. Le chercheur He Jiankui a également été condamné à une amende de 3 millions de yuans (384 000 euros).

Les faits remontent à novembre 2018. À l’époque, He Jiankui provoque une onde de choc planétaire en annonçant avoir mis au monde les premiers bébés génétiquement modifiés, des jumelles immunisées au virus du sida après une infection par leur père. Lors de la conférence de presse à Hong Kong, il s’était dit « fier » du fruit de ses recherches. Au total, trois bébés génétiquement modifiés sont nés à la suite de ces recherches, précise l’agence de presse officielle.Lorsque l’affaire avait éclaté, la Chine avait été mise en cause pour avoir laissé se développer des recherches sans supervision. Le gouvernement avait alors ordonné la suspension des recherches et placé He Jiankui sous enquête policière. Les autorités avaient confirmé en janvier 2019 qu’une deuxième femme était enceinte d’un enfant à l’ADN modifié, en plus des jumelles déjà nées, mais la naissance de ce bébé n’avait pas été confirmée.

Pas de loi contre la manipulation génétique

Deux autres personnes ont également été condamnées, mais Chine nouvelle n’a pas précisé leur rôle : un dénommé Zhang Renli a écopé de deux ans de prison et d’une amende d’un million de yuans et un certain Qin Jinzhou d’un an et demi de prison avec sursis et d’une amende de 500 000 yuans. Tous deux appartiennent à « des instituts médicaux de la province du Guangdong » (sud). Le procès s’est tenu à huis clos car l’affaire relevait du domaine de « la vie privée », selon l’agence.

Jusqu’à présent, la Chine ne disposait pas de loi dans ce domaine : une brève réglementation du ministère de la Santé, datant de 2003, interdisait bien la manipulation génétique d’embryons mais ne prévoyait aucune peine pour les contrevenants. Une nouvelle réglementation annoncée en février menace désormais d’une amende de 100 000 yuans les manipulations génétiques.

« Célébrité et profit »

He Jiankui, 35 ans, et les deux autres accusés ont été condamnés pour exercice illégal de la médecine. « La cour a considéré que les trois accusés n’avaient pas obtenu de qualifications médicales et recherchaient la célébrité et le profit », selon Chine nouvelle. Ils ont « délibérément violé la réglementation sur la recherche scientifique et la gestion de la médecine ».

He Jiankui, qui a été formé à Stanford aux Etats-Unis, avait expliqué avoir employé l’outil révolutionnaire Crispr-Cas9, dit des « ciseaux génétiques », qui permet d’enlever et de remplacer des parties indésirables du génome, comme on corrige une faute de frappe sur ordinateur. La simplicité de Crispr a dopé l’imagination des apprentis sorciers.

En procédant à la modification du génome, le chercheur chinois a provoqué d’autres mutations… qui seront transmissibles à leurs descendants. « La technologie n’est pas encore sûre », dit Kiran Musunuru, professeur de génétique à l’université de Pennsylvanie. Les ciseaux Crispr coupent souvent à côté du gène ciblé. « C’est facile à utiliser si on se fiche des conséquences. »

Les deux jumelles, nommées Lulu et Nana (pseudonymes), sont restées anonymes de même que leurs parents et on ignore totalement ce qu’elles sont devenues, selon France 24.

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